En ville, la canicule fait des victimes végétales
Certains arbres sont mal en point. La volonté politique de végétaliser à tout prix doit s’accompagner de mesures d’entretien fortes, surtout en période d'intenses chaleurs.
Au parc des Chaumettes, des arbres en majesté. À quelques mètres, boulevard de la Cluse, le contraste est saisissant: ceux-là sont moribonds. Même constat place des Augustins, où plusieurs spécimens sont morts et d’autres mal en point. Une situation qui n’est pas imputable, en l’occurrence, au Service des espaces verts (SEVE) de la Ville de Genève. Ces plantations ont en effet été réalisées et entretenues par une entreprise privée pendant 5 ans, fait savoir le SEVE, qui a repris l’entretien de ces arbres ce printemps.
Pour autant, Benjamin Cagnon, chef de secteur patrimoine arboré au SEVE, ne nie pas le stress que vivent ses protégés en temps de canicule: «C'est un sujet assez délicat et important, que ce soit pour les vieux arbres ou même pour les jeunes arbres. C'est quelque chose qui est au cœur du sujet en ce moment pour les spécialistes et les jardiniers pour les suivis des arbres.»
«Il ne s'agit pas de faire du chiffre, il s'agit d'augmenter la surface de canopée»
Planter des arbres est devenu un axe politique prioritaire pour beaucoup d’élus. En Ville, le conseiller administratif écologiste Alfonso Gomez avait instauré une règle en 2020: pour un arbre abattu, trois arbres plantés. Mais viser la quantité n’est pas toujours payant. C’est en tout cas le point de vue de Christian Bavarel, chef de projet nature en ville à Vernier. Car encore faut-il pouvoir entretenir les jeunes arbres: «Il ne s'agit pas de faire du chiffre, il s'agit d'augmenter la surface de canopée, de faire de l'ombre utile et de l'ombre qui rafraîchit. À Vernier, on a de la chance parce qu'on arrive à bien discuter avec nos élus. On doit leur rappeler régulièrement que ce qu'on veut, c'est augmenter cette surface de canopée, perdre le moins d'arbres possibles, même si on sait qu’on va en perdre.»
Pour avoir un taux de réussite optimal, il faut avoir les équipes suffisantes pour entretenir les arbres durant les deux à trois premières années où ils ont vraiment besoin d'arrosage, insiste ce spécialiste, qui poursuit: «Il faut surtout prévoir les plantations de manière correcte, de sorte que ces arbres puissent tenir le plus longtemps possible et puissent remplir leur fonction de climatisation de la ville.»
À ces impératifs s’ajoute la complexité des sols: «En ville, il y a toujours les quantités de sel qu'on peut avoir mis, il peut y avoir le sous-sol en bon ou mauvais état, on peut avoir une dalle en dessous parce qu'on est sur le toit d'un parking. Je pense à la plaine de Plainpalais dont les trois quarts recouvrent un parking.» Au niveau sous-terrain, la place manque souvent. Les sous-sols abritent jusqu’à sept tuyaux, pour l’eau potable, les eaux noires, les eaux de pluie, l’électricité, le gaz, la fibre optique et le chauffage à distance.
«On n'a pas besoin d'arroser tous les arbres adultes»
Mais des solutions existent pour que subsistent les végétaux. Y compris en termes d’arrosage innovant. Pour favoriser le développement des arbres, les communes expérimentent de nouvelles techniques en collaboration avec les ingénieurs civils, explique Christian Bavarel: fosses de plantation continues, substrats adaptés permettant aux racines de se développer sous les trottoirs, ou encore dispositifs destinés à amener naturellement l'eau au pied des arbres. Le but: éviter l’arrosage traditionnel, pas toujours efficace. «On n'a pas besoin d'arroser tous les arbres adultes, explique Benjamin Cagnon devant une plantation cours Jean-Canal aux Bastions. Ici par exemple, on a déminéralisé, donc redonné à l'arbre l'accès à l'eau de pluie. Les canalisations ont été déportées. C’est de l'eau qui tombe et qui est à disposition directe pour les végétaux. Selon ce spécialiste, le SEVE peut se targuer d’un taux de réussite situé entre 90% et 95% pour un jeune arbre après trois à cinq ans.
En règle générale, selon les directives du SEVE, les jeunes sujets plantés sont arrosés à raison de 150 litres toutes les 2 semaines pendant les deux premières années puis à raison de 300 litres toutes les 3 semaines. Les deux années suivantes, ils sont surveillés et arrosés au besoin.