Genève

Faute de pouvoir déménager, les archives d'Etat s'abîment

28.04.2026 18h39 Delphine Palma

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Humidité, chaleur, fuites d’eau : aux Archives d’État, les documents sont mis à rude épreuve par des conditions de conservation difficiles. Champignons, moisissures, pollution… le papier se fragilise, se déforme et fini par s'effriter. Un phénomène connu — et surtout évitable. Car un bâtiment neuf, conçu pour préserver ces fonds, existe… mais reste désespérément fermé, bloqué par des malfaçons et une procédure judiciaire qui s'éternise.

« Ce document est détruit par les champignons et la moisissure, et c’est irréversible», souffle l'archiviste d'Etat Pierre Fluckier en déroulant un très vieux rouleau recensant les possessions de la Cathédrale. Le document a bientôt 7 siècles.  

Autre exemple : un impressionnant registre commencé en 1589, répertoriant les mauvais payeurs de la République. Lui aussi montre de sérieux signes de détérioration. « On voit qu’il a très mal vieilli », explique Pierre Flückiger. « Le papier à l’intérieur est encore relativement propre, mais dès qu’on l’observe de plus près, on comprend dans quel état de conservation il se trouve. Ces documents souffrent des conditions dans lesquelles ils sont conservés, que nous ne pouvons pas maîtriser. Cela accélère leur dégradation. »

Des dépôts devenus inadaptés

Le problème est connu de longue date : les dépôts des Archives d’État, répartis sur plusieurs sites en centre-ville, ne sont plus adaptés. Trop froid en hiver, trop chaud en été, humidité, manque de place. Le lieu historique des archives, l’ancien arsenal situé au dessus des canons cumulent tout ces problèmes. Pour Pierre Flückiger, le constat est sans appel : « Le maintien de ce patrimoine dans ces conditions met en danger ces archives uniques. Ce sont des originaux, pas des copies. »

Un bâtiment neuf… mais inutilisable

Un comble : un hôtel des archives flambant neuf, répondant aux normes fédérales les plus strictes, a été achevé fin 2024. Coût du projet : plus de 60 millions de francs.

Mais plus d’un an plus tard, le bâtiment est toujours vide, en raison de malfaçons dans les sous-sols. Faute de pouvoir y transférer les collections, les Archives d’État doivent gérer l’urgence dans les dépôts actuels. Fenêtres occultées, contrôle du climat renforcé : des mesures sont prises pour limiter les dégâts. Avec un budget d’environ 100 000 francs par an, seules une partie des archives les plus fragiles peuvent être traitées. « Sur un budget qui n’est pas extensible, il faut faire des choix en fonction du contenu, de l’intérêt de l’objet et de son état de dégradation », précise Pierre Flückiger.

Déménagement sans échéance

Alors, quand les archives — soit près de 30 kilomètres de rayonnages — pourront-elles déménager ? Aucune date n’est connue à ce stade. Une procédure judiciaire liée aux malfaçons bloque toute intervention, y compris les réparations.
Une décision pourrait tomber prochainement, mais il faudra ensuite au minimum un an de travaux, puis encore deux ans pour organiser le déménagement.

Ces documents, qui ont traversé les siècles, doivent désormais faire face à une nouvelle épreuve : le temps présent.