Genève: Haldas et Gignoux ressuscitent les bistrots d’antan
À la bibliothèque de Genève, une exposition réunit textes et photographies de Georges Haldas et Dany Gignoux. Un regard croisé sur les troquets populaires, entre poésie et réalité brute.
C’est un poète majeur à Genève, elle s’est fait connaître par ses photographies de festivals, notamment au Paléo. Leur point commun: les bistrots. À la bibliothèque de Genève, leurs œuvres dialoguent pour faire revivre une époque révolue, celle des cafés populaires imprégnés de fumée et de vinasse.
«Ainsi le café est-il, pour moi, le lieu où nait la poésie; et celui par excellence, où tout homme, en parlant de ce qui lui arrive, devient poète! Accède et fait accéder les autres – le vin aidant – à l’état de poésie. Arc en ciel de la relation humaine.»
Le texte est signé Georges Haldas, accompagnés de clichés de Dany Gignoux. Leur regard croisé s’expose dans un couloir oublié du 1er étage de la bibliothèque de Genève. Les photographies, prises entre les années 70 et 80, saisissent sur le vif la vie des troquets d’antan, à un moment charnière où cette convivialité commence à disparaître.
Une réalité sans fard
«Quand on regarde les photos de Dany Gignoux faites en 76-78, on est confronté à des réalités qui ressemblent à ce que raconte Haldas», explique Frédéric Sardet, directeur de la bibliothèque de Genève. «L’alcool est partout, tout comme sa publicité. Le tabac aussi est omniprésent, dans les cendriers ou fumé directement. On voit les effets de l’alcool: l’ébriété du moment, celle de la soirée, quand on boit et qu’on ne va pas bien. Mais aussi l’alcoolique chronique, qui fréquente le café, presque à demeure. Il ne se mélange pas forcément aux autres clients, mais il est là, connu du bistrotier.»
Le bistrot, «lieu de la vie même»
Pour Georges Haldas, auteur en 1976 de «La légende des cafés», le bistrot incarne la «vie même», avec une «convivialité obscure» liée à l’alcool. Un lieu de perdition, mais aussi de retrouvailles.
«Le café, c'est l'expression du lieu de la vie même. Ceux qui boivent ont toujours le vin à portée de main. Ils se mettent en danger, sont touchés par l’alcool, peuvent dérailler en quelque sorte. Ce sont des gens socialement déclassés. Et ce sont justement ces personnes qui intéressent Georges Haldas, auxquelles il accorde un crédit d’humanité hors pair, extraordinaire. Il les préfère, en somme, à tous les savants, à toutes les têtes pensantes du monde, de l’académie par exemple», affirme le directeur de la bibliothèque de Genève.
Souvent disparus ou transformés, ces lieux continuent de vivre à travers les mots et les images. Une mémoire brute et sensible, à découvrir à la bibliothèque de Genève jusqu’en octobre.