Hélène Smith, la médium genevoise qui fascinait savants et surréalistes
Avez-vous déjà entendu parler d’Élise Muller, alias Hélène Smith ? Médium, artiste, muse des surréalistes… cette Genevoise au destin proprement extraordinaire a fasciné toute une époque.À l’occasion du festival Histoire et Cité, qui vient de débuter, une grande soirée lui est consacrée ce mardi 24 mars à uni Dufour.
« Séance du 28 octobre 1894. Nous mettons nos mains sur la table. Trois ou quatre minutes après, Mademoiselle Muller aperçoit une dame… »
La scène est consignée avec précision. Cette retranscription d’une séance de spiritisme est aujourd’hui conservée aux archives de la Bibliothèque de Genève.
Elle nous plonge dans l’univers d’Élise Muller, médium genevoise devenue Hélène Smith. À la fin du XIXe siècle, cette jeune vendeuse de tissus intrigue. Ses « dons » fascinent au point d’attirer l’attention du psychologue Théodore Flournoy. « Il cherche ce qu’il désigne comme des phénomènes psychiques. Il veut entrer en contact avec des personnes aux facultés hors du commun, susceptibles de révéler des fonctionnements de l’esprit invisibles autrement », explique l’historien Marco Cicchini.
« Il mène une véritable étude scientifique : il prend son pouls, observe ses pupilles… et produit un discours rigoureux sur ce qu’il considère comme un phénomène psychique. »
Plantes martiennes et langues extraterrestres
De cette collaboration naît un ouvrage marquant : Des Indes à la planète Mars. Le livre rencontre un immense succès et s’inscrit dans les débuts de la psychanalyse, aux côtés des travaux de Freud. Il contribue aussi à forger autour d’Hélène Smith une aura singulière.
Lors de ses séances, la médium affirme voyager à travers le temps et l’espace. Inde, Mars… ses visions nourrissent un imaginaire foisonnant. « À l’issue des séances, elle produisait des dessins qui illustraient ses visions. Elle raconte avoir découvert sur Mars des plantes, des animaux et même des habitats inconnus des terriens », poursuit Marco Cicchini. Certains de ses dessins originaux sont conservés dans les archives de la BGE.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Élise Muller invente également des langues et des alphabets, étudiés par le linguiste Ferdinand de Saussure. Elle peint aussi, en état de conscience altérée, des œuvres directement issues de ses transes. « C’est à la fois sa production artistique et cette forme d’inconscient qui s’exprime à travers elle qui fascinent les artistes », souligne l’historien.« Des figures comme André Breton la citent à plusieurs reprises. Elle donne une impulsion à des courants et à des formes de création jusque-là peu reconnues. »
Aujourd’hui, seuls deux de ses tableaux ont échappé à la disparition. L’un d’eux est conservé au Centre Pompidou. Ce mardi 24 mars, une soirée lui est consacrée à Genève, entre conférence et création théâtrale, pour lancer le Festival Histoire et Cité. Une ouverture à l’image de cette figure singulière, à la croisée de la science, de l’art… et du mystère.