Genève

«Je ne suis pas un meurtrier»: Bernhard dénonce une erreur judiciaire dans l’affaire de la plume

07.05.2026 18h35 Jérémy Seydoux, Denis Palma

Bernhard

À 76 ans, Bernhard conteste une condamnation à 12 ans de prison et clame l’accident dans la mort de son épouse en 2016. Alors que le Tribunal fédéral doit encore se prononcer, il livre sa version des faits à Léman Bleu et à l’Illustré pour la première fois.

Dans la campagne soleuroise, Bernhard vit peut-être ses derniers jours de liberté. Sa défunte femme, Brigitte, reste omniprésente dans son quotidien: «Je ne suis pas un meurtrier. J'ai aimé ma femme Brigitte de tout mon cœur. On avait une très belle relation, harmonieuse, pleine d'amour, et jamais de la vie, j'aurais voulu faire du mal à Brigitte. J’espérais pouvoir finir mes jours avec elle.»

Dans ce dossier, aucun mobile n’est établi. Le couple est décrit comme à l’abri du besoin et très amoureux - des SMS échangés montrent notamment des allusions charnelles. Une erreur judiciaire? «J'ai fait 18 mois de prison. C’était dur, mais je l'ai accepté. Mais si on me met maintenant de nouveau en prison, c'est révoltant pour moi. Parce que si j'avais tué Brigitte volontairement, j’aurais accepté cette peine. Mais ce n'est pas le cas!»

Asphyxie érotique et édredon

Que s’est-il passé cette funeste nuit de février 2016? Bernhard clame l’accident tragique, intervenu lors d’un jeu sexuel qui aurait mal tourné, l’asphyxie érotique régulièrement pratiquée par le couple. Une version accréditée par la présence d’une plume de 4,5 centimètres, probablement issue d’un édredon, dans les bronches de Brigitte. 

Cette thèse a emporté la conviction des juges d’appel, qui avaient condamné Bernard pour meurtre par négligence à 18 mois ferme de prison, cassant un premier jugement l’ayant condamné à 13 ans. 

Allers-retours judiciaires

Mais en raison d’un recours du Ministère public, Bernhard se retrouve à nouveau condamné à 12 ans de prison, à la suite d’un deuxième procès d’appel. La même cour reconnaît donc successivement deux vérités sur cette affaire. Ses aveux tardifs autour de ces pratiques sexuelles ont sans doute nourri la conviction des juges qu’il avait tué sa femme de sang-froid. Un tunnel du mensonge que le septuagénaire paie aujourd’hui. 

Pourquoi n’avoir pas dit la vérité immédiatement? «Brigitte et moi sommes issus de milieux conservateurs. On n'a jamais parlé de sexe, ni elle avec ses copines, ni moi. C'était un tabou du domaine très privé. On était aussi pudiques. Parler de ça, c'était difficile.» Le septuagénaire évoque également le souvenir douloureux d’un abus qu’il a subi à l’âge de 9 ans dans le milieu de l’Église par un homme de foi. 

«Je ne savais pas quoi faire» 

Aujourd’hui, Bernhard regrette d’avoir consenti à de telles pratiques risquées, malgré les «précautions» et le «signe» qu’ils avaient tous les deux pour y mettre fin lorsque cela allait trop loin. 

Il explique enfin être resté tétanisé et avoir tardé à appeler les secours lorsqu’il a découvert que Brigitte était inerte: «C’était horrible, tout d'un coup, elle était inerte. Le monde s'écroulait pour moi. C'était affreux, je ne savais pas quoi faire. Je me suis mis un moment à côté d'elle, je l'ai embrassée. Elle était morte, elle était inerte, complètement. Comment aurais-je pu la sauver? Je ne savais pas quoi faire.»

«Je n’ai pas voulu tuer Brigitte»

Face à ceux qui ne le croient pas, Bernhard maintient sa version: «Je n'ai pas voulu tuer Brigitte. C’était un accident, j'étais négligent, je n'aurais pas dû faire ça vu son état de santé. C’est une grave faute, je le sais, et j’en prends la responsabilité.»

Cette nuit-là, comment l'amour et la mort auraient-ils pu cohabiter? L'absence absolue de mobile peut-elle impliquer autre chose qu'un accident? C'est tout le mystère qui entoure l'affaire de la plume et ses jugements virevoltants. Et cette question finale: le doute ne doit-il pas toujours profiter à l’accusé?