Jobs d’été: une affaire de famille aux HUG et aux TPG
Après l’État de Genève, les régies et institutions publiques sont à leur tour concernées par les révélations sur l’attribution des jobs d’été. Aux HUG et aux TPG, 406 des 407 jeunes engagés en 2026 avaient un lien avec le personnel ou vivaient sous le toit d’un collaborateur. Plus de la moitié résidaient à l’étranger. Des pratiques qui suscitent de vives réactions politiques.
Aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), inutile de postuler pour un job d’été sans lien avec le personnel. L’établissement réserve ses remplacements estivaux aux enfants de collaborateurs ou aux jeunes vivant sous leur toit. Une politique de recrutement assumée, que l’hôpital justifie par le nombre limité de postes disponibles.
«Les HUG réservent ces postes aux enfants du personnel car nous ne disposons pas de suffisamment de places pour ouvrir plus largement ce dispositif aux candidatures externes, dont le volume ne serait pas absorbable par nos ressources humaines», explique l’institution.
En 2026, les HUG ont engagé 366 jeunes. Tous remplissaient cette condition. Parmi eux, 195 résidaient dans l’Union européenne, contre 171 en Suisse. Autrement dit, plus de 53% des bénéficiaires vivaient à l’étranger.
Aux TPG, l’ancienneté des parents entre en ligne de compte
Même fonctionnement aux Transports publics genevois (TPG). Sur les 41 jeunes engagés durant l’été 2026, 40 étaient des enfants de collaborateurs. Une seule exception a été accordée, pour un poste aux ressources humaines. Autre particularité: pour départager les candidats, les TPG tiennent notamment compte de l’ancienneté du parent dans l’entreprise. Parmi les jeunes recrutés, 17 résidaient à l’étranger.
Au total, 406 des 407 jeunes engagés aux HUG et aux TPG avaient un lien avec le personnel ou vivaient sous le toit d’un collaborateur. Et 212 résidaient hors de Suisse, soit plus de 52% des effectifs.
Des pratiques très différentes selon les institutions
Toutes les institutions publiques genevoises n’appliquent toutefois pas les mêmes règles. Aux Services industriels de Genève (SIG), les places sont réparties à parts égales: 50% pour les enfants de collaborateurs et 50% pour les candidats externes. L’entreprise propose généralement entre 50 et 60 jobs d’été selon les besoins des services.
À l’Institution genevoise de maintien à domicile (IMAD), les candidatures sont ouvertes à tous. L’institution constate néanmoins que la majorité proviennent de proches du personnel. En 2026, 83 jeunes ont été engagés, dont environ deux tiers résident en France. L’IMAD ne précise toutefois pas combien avaient effectivement un lien familial avec un collaborateur. À l’Université de Genève, aucune priorité familiale n’est appliquée. Quant à Genève Aéroport, aucun job d’été n’est proposé.
Une réforme réclamée au Grand Conseil
Ces pratiques suscitent de vives réactions politiques. Le député indépendant Marc Saudan a déposé une motion visant à revoir les critères d’attribution des jobs d’été, aussi bien dans l’administration cantonale que dans les institutions publiques. «Les chiffres évoqués sont édifiants et ça montre bien que ce problème est scandaleux et qu'il faut absolument le régler», dénonce-t-il.
Selon le député, ces pratiques privent les jeunes du canton de possibilités d’emploi. Il évoque également près de deux millions de francs consacrés à quelque 500 postes dans les institutions publiques concernées.
Le MCG dénonce lui aussi des pratiques qu’il juge «honteuses» et réclame une intervention législative. Le parti s’inquiète particulièrement de la proportion de jeunes domiciliés de l’autre côté de la frontière.
«C'est inconcevable que ce soit des jeunes frontaliers qui bénéficient de ces jobs d'été», estime la députée Ana Roch. Elle souligne la raréfaction de ces emplois et défend une priorité aux jeunes domiciliés dans le canton: «On doit absolument donner ces jobs d'été aux gens qui sont sur le canton de Genève.» Avec la motion déposée par Marc Saudan, le Grand Conseil est désormais appelé à se pencher sur le maintien de ce privilège familial.
Une priorité déjà révélée dans l’administration cantonale
Ces nouvelles révélations font écho à celles que Léman bleu avaient publiées le 14 octobre, concernant les jobs d’été à l’État de Genève. En 2026, l’administration cantonale a engagé 140 jeunes pour au moins 406 candidatures.
Le Conseil d’État reconnaissait alors privilégier les proches de ses collaborateurs lorsque les demandes dépassaient les places disponibles, sans pouvoir préciser combien de jeunes avaient bénéficié de cette priorité familiale. La conseillère d’État Nathalie Fontanet n’envisageait pas de modifier les règles de recrutement.
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