Jornot réélu, une victoire nette mais clivante
Réélu dès le 1er tour, Olivier Jornot conserve son poste de Procureur général. Un succès clair dans les urnes, mais un scrutin marqué par un fort taux de bulletins blancs et des critiques persistantes sur sa politique pénale.
Au lendemain de sa réélection, le milieu judiciaire reste divisé. Certains saluent un choix assumé de continuité. D’autres y voient au contraire le signe d’une défiance croissante envers la ligne du chef du Ministère public.
Hier à 15h, les résultats sont tombés. Olivier Jornot a été réélu dès le 1er tour: 293 voix seulement lui ont offert la majorité absolue. L’écart avec son adversaire de gauche Pierre Bayenet est toutefois sans appel, avec plus de 5800 voix. Mais le scrutin a aussi été marqué par plus de 5200 bulletins blancs, soit trois fois plus qu’en 2014.
Un score solide, des signaux contrastés
À l’issue des résultats définitifs, Olivier Jornot a affiché sa satisfaction, non sans humour: «Le résultat est effectivement moins net que l'élection de Kim Jong-un la semaine dernière. C'est en revanche un résultat au premier tour qui me fait grand plaisir. Je laisserai les représentants du monde politique gloser sur les détails. Ce que j'observe, c'est qu'il y a 12 ans, Pierre Bayenet était seul dans la bataille. Une fois-ci, il a été soutenu par un large front. Il fait un très beau résultat.»
Le perdant du jour, Pierre Bayenet, s’est lui aussi dit satisfait malgré la défaite: «Il y a vraiment une personne sur deux qui n'a pas voulu soutenir Olivier Jornot. Je trouve cela spectaculaire et suis vraiment heureux d'avoir au moins réussi à montrer cela.»
Soutiens et critiques frontales
Parmi les soutiens à Pierre Bayenet, Me Dina Bazarbachi, grande défenseure des sans-papiers et des Roms devant les tribunaux, s’est dite déçue du résultat. Selon elle, Olivier Jornot doit prendre acte de ce score serré: «Ce que l'on peut craindre, c'est une politique pénale qui va rester répressive à l'encontre des personnes les plus vulnérables, à l'encontre des personnes étrangères, sans papiers, etc. Cette répression et ce harcèlement qui dure depuis tellement de temps, c'est une politique qui ne sert à rien, qui coûte cher aux contribuables.»
Dans le camp du procureur, Me Malek Adjadj salue au contraire un choix clair de continuité. Pour lui, Olivier Jornot reste l’homme de la situation: «Il a démontré par le passé qu'il avait su adapter sa politique pénale aux différentes sollicitations, qu'elle fût cybercriminalité ou d'autres types de criminalité. On voit malheureusement la situation économique et sociologique française qui ne fait que s'aggraver de jour en jour, avec l'effet sur la criminalité qui va arriver à Genève. Et Olivier Jornot va réagir et il sera l'homme de la situation.»
Hier, l’avocat Charles Poncet allait dans le même sens, en appelant même à durcir la ligne: «Les Genevoises et les Genevois ont ratifié sa politique criminelle. Donc il n'y a pas de raison qu'elle change. A mon avis, les seules améliorations qu'il peut lui apporter, c'est d'être encore beaucoup plus sévère. Parce que si on laisse faire la gauche, la chienlit va s'installer dans nos rues et l'insécurité ne fera que croître.»
Ce nouveau mandat emmène Olivier Jornot à la tête du Ministère public jusqu’en 2032. Il atteindra alors 20 ans à ce poste à Genève.