L’affaire du Domaine Mercier révèle une fracture au MCG
La motion réclamant l’acquisition par la Ville du Domaine Mercier divise le MCG. Porté par Yasmine Menétrey et Daniel Sormanni, ce texte fait réagir d’autres représentants du parti, farouchement opposés. Ils se désolidarisent d’une nouvelle opération immobilière coûteuse et dénoncent une dérive du parti à gauche.
Depuis que la conseillère municipale Yasmine Menétrey a proposé à la Ville d’acquérir un nouveau domaine, rien ne va plus au MCG. Plusieurs élus ont décidé de faire éclater les désaccords. Ils dénoncent une fièvre immobilière qui n’est pas dans la ligne du parti.
Le chef de groupe, Amar Madani, rappelle que l’acquisition de la Campagne Masset pour 21,5 millions génère 800'000 francs d’amortissement par an, et qu’il ne faut pas charger le bateau: «Dans un contexte budgétaire sans précédent, avec 70 millions de déficit et une dette budgétaire qui s'élève à 1,7 milliard, claquer 15 millions et demi, ce n'est pas le bon message. Sachant que des coupes budgétaires ont été effectués au niveau des associations, au niveau du social et au niveau du sport. Quel est le message adressé à la population?»
«Je comprends qu'on puisse assimiler le MCG avec la gauche, puisque c'est prendre les propriétés aux riches pour les distribuer aux pauvres»
Cette affaire du Domaine Mercier révèle en réalité des dissensions plus profondes. Des élus n’hésitent plus à parler de dérive à gauche de leur parti: «Le MCG est connu pour parfois voter avec la gauche, parfois avec la droite, avance Léna Rey, conseillère municipale. Il peut se permettre d'observer et faire un peu son marché. Et c'est vrai qu'avec ce type d'objet, je comprends qu'on puisse assimiler le MCG avec la gauche, puisque c'est prendre les propriétés aux riches pour les distribuer aux pauvres. Et non, le MCG n'est pas atteint d’une maladie à la Robin des Bois. Peut-être que certaines personnes le sont, mais ce n'est pas l'ensemble. Je rassure les gens.»
Les représentants d’une ligne plus à droite citent d’autres textes révélant cette tentation idéologique. Comme une motion demandant des boutons-pressoirs aux fontaines municipales pour économiser l’eau potable, ou une autre pour la construction de pistes cyclables composées de déchets plastique mélangés à de l’asphalte. Des préoccupations qu’on classerait plus spontanément dans les rangs écologistes que MCG. Ils rappellent aussi que leur parti rejoint aussi la gauche quand il s’agit d’accepter des budgets déficitaires: «Nous ne sommes ni de droite ni de gauche, rappelle Gabriela Sonderegger. Et personnellement, ça m'embête beaucoup d'être, dans le cas d’espèce, la porteuse d'eau de la gauche, que je ne veux surtout pas représenter parce que je me sens beaucoup plus à droite.»
«Je pense que quand on perd, on s'incline. Et s'il y a quelque chose qui ne va pas, on s'adresse aux instances du parti pour régler les éventuels différends»
Yasmine Menétrey conteste faire le jeu de la gauche avec ses propositions d’achats. Elle assume ses souhaits immobiliers au point de rappeler qu’en plus de la Campagne Masset et de ce Domaine Mercier, elle aurait voulu que les pouvoirs publics rachètent aussi plusieurs immeubles à Champel: «En effet, il s’agissait de 220 millions pour 5 immeubles. Je souhaitais que le canton comme la Ville puisse racheter l'un ou l'autre pour y créer des logements pour la classe moyenne ou moyenne basse. Et là, c'était une opportunité. Malheureusement, ça ne s'est pas fait. Une banque les a achetés pour 170 millions. Moi, je trouve qu'on a vraiment perdu une belle opportunité.»
Conseiller municipal et conseiller national, Daniel Sormanni est agacé par cette dissidence et rappelle que la majorité du parti a voté en faveur du renvoi en commission de cette motion. Au passage, il tacle le chef de groupe: «Je pense que quand on perd, on s'incline. Et s'il y a quelque chose qui ne va pas, on s'adresse aux instances du parti pour régler les éventuels différends. Je pense que ce n’est jamais une bonne chose d'étaler ses divisions à l'extérieur. Et j'espère que désormais, ce ne sera plus le cas. D'autant plus de la part du chef de groupe qui doit unifier. Et là, il n'unifie pas, il divise.»
Domaine Mercier ou pas, les débats internes au MCG risquent d’être vifs ces prochaines semaines.