Genève

La Cour des Comptes alerte sur la mise en œuvre tardive des recommandations

21.05.2026 19h49 Rédaction

pingeon

La Cour des Comptes dresse le bilan de 2025. Son président Pierre Henri Pingeon évoque une année de transition avec l’arrivée de la nouvelle magistrature, mais aussi des défis persistants: surcharge liée aux nombreuses alertes citoyennes, manque de ressources et retards dans l’application des recommandations.

La Cour des Comptes a rendu six rapports en 2025. Un chiffre inférieur à celui de 2024. Une baisse que relativise son président Pierre Henri Pingeon. «C’est un petit peu trompeur […] le début d’année pour les nouveaux magistrats, c’est de définir un programme de magistrature, de lancer des missions», explique-t-il en précisant que ces mises en route aboutiront certainement en 2026.

Selon lui, plusieurs audits nécessitent un long travail, notamment dans l’évaluation des politiques publiques. «2026 sera une année extrêmement chargée en termes de rapport», assure le président de la Cour.

Parmi les priorités fixées dans le programme de magistrature figure la transition numérique. «L’État a besoin de digitaliser ses services pour servir la population», souligne Pierre Henri Pingeon. La Cour veut désormais être capable d’évaluer dans quelle mesure il y a une plus-value pour la population et que les budgets sont aussi respectés.

«La population a confiance envers la Cour»

La Cour des Comptes souhaite aussi renforcer sa visibilité. Mais Pierre Henri Pingeon refuse l’idée d’une stratégie centrée sur les dossiers médiatiques. «Une institution comme la Cour tire sa crédibilité de la qualité des sujets qu’elle choisit, de la qualité des rapports qu’elle émet et de l’indépendance avec laquelle elle agit», détaille le magistrat

Si L’affaire des 6,2 millions de francs restitués aux Genevois après un audit des SIG reste dans les esprits, le gendarme de l’administration ne se restreint donc pas à quelques coups d’éclats. En 2025, la Cour a reçu 187 alertes citoyennes. Un volume qui illustre selon son président «la confiance que la population a envers la Cour des comptes». «Les gens savent qu’ils vont être écoutés», affirme-t-il.

Mais cette hausse des sollicitations pose aussi la question des moyens. «On souhaite avoir plus de ressources», reconnaît Pierre Henri Pingeon. Il ajoute: «Il faut être cohérent sur les moyens qu’on nous donne par rapport à ce qu’on attend».

Inquiétudes sur l'application des recommandations

La Cour des Comptes s’inquiète également du suivi de ses recommandations. Le taux de réalisation atteint 74%, un chiffre stable par rapport à 2024. Mais le président parle malgré tout d’un résultat «décevant». «On voit que les recommandations sont mises en œuvre, mais très tardivement», déplore-t-il. La Cour constate surtout de nombreux reports concernant des mesures jugées importantes, voire critiques. «C’est beaucoup trop», tranche Pierre Henri Pingeon.

Il appelle les entités auditées à davantage de franchise. «S’ils pensent que les recommandations ne sont pas pertinentes ou ne peuvent pas être mises en œuvre, il faut qu’on en parle au moment où on les décide.»

Pour autant, le président ne réclame pas de pouvoir de sanction supplémentaire. «Je ne pense pas que ça soit nécessaire», estime-t-il. Selon lui, la responsabilité et les moyens de contraintes reviennent avant tout aux autorités politiques et administratives chargées d’appliquer les mesures.