Genève

La directrice de la Comédie recourt contre la FAD

03.02.2026 17h55 Laure Lugon, Martin Esposito

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Séverine Chavrier contre-attaque. Elle veut l'annulation de la décision prise par la FAD de se séparer d'elle en 2027.

Renoncer ne figure pas dans le vocabulaire de Séverine Chavrier. Aux prises avec la Fondation d’art dramatique (FAD) depuis des mois, la directrice de la Comédie rend coup sur coup. Elle a déposé hier un recours contre la non-reconduction de son contrat de travail.

Accusée de «management toxique», la metteuse en scène avait été lâchée par la FAD et tenue de se tenir éloignée du théâtre. Mi-décembre, la Fondation annonçait se passer définitivement de ses services dès juin 2027. Alors même que la fréquentation de la Comédie est élevée. L’artiste réclame l’annulation de cette décision. «On considère que cette décision n'est pas valable, elle a été prise sans même que ma cliente n’en soit informée, sans qu'elle puisse se déterminer au sujet de cet enjeu, et puis surtout sans avoir à quelconque moment la liste des griefs ou des raisons qui pourraient, selon le Conseil de Fondation, justifier cette décision, avance son avocat, Romain Jordan. Je crois que depuis quelques semaines, on arrive à obtenir des éléments qui clarifient la situation et qui démontrent que les griefs soulevés contre ma cliente étaient, au mieux, diffamants, au pire, calomniateurs.»

Plainte pénale pour calomnie et diffamation

La directrice avait déjà déposé une plainte pénale pour ces motifs courant janvier. Elle estime avoir fait l’objet d’une cabale et refuse mordicus l’accusation d’autoritarisme. «Ma cliente a acté le fait qu'elle avait été calomniée, qu'on avait inventé des reproches à son encontre, qu'on les avait colportés, notamment dans les médias, réagit Romain Jordan. C'est un acte grave, une infraction pénale. De guerre lasse, il a fallu se résoudre à demander à l'autorité pénale d'inscrire ces faits.»

Si Séverine Chavrier a passé à la contre-attaque, elle doit aussi faire face à plusieurs enquêtes. Commandé par la FAD, un audit est censé faire la lumière sur sa gestion. Un second audit a été demandé par la Ville à la Cour des comptes. Celui-là doit s’intéresser plus largement à la gestion opérationnelle de l’institution, à la gouvernance et à la programmation.

Des subventions muncipales retirées à la Comédie par la FAD

Depuis le début des hostilités, la FAD ne communique qu’au compte-gouttes. Sa présidente, Lorella Bertani, a jeté l’éponge il y a quelques jours. Lundi dernier, une autre décision a crispé encore un peu plus la Comédie. Le conseil de fondation de la FAD lui a en effet retiré 140'000 francs de subventions municipales ainsi que 10'000 francs au théâtre le Poche. Selon la Ville, ces sommes sont destinées à renflouer un fonds de réserve, insuffisamment doté. Ce dernier est destiné à prévenir des aléas, comme lors du covid.

Ce n’est pas ce qui se dit à la Comédie. Selon des échanges que nous avons pu consulter, certains prétendent que cette somme permettrait de payer les jetons de présence en augmentation au vu de la crise et l’audit. Quoi qu’il en soit, c’est symptomatique du manque de confiance entre l’institution et son employeur.

La commission du personnel, hostile à la directrice, avance sur le terrain politique

En fin d’année émergeaient de nombreux soutiens à Séverine Chavrier. Aujourd’hui, c’est au tour de ses détracteurs de donner de la voix. Réunis en assemblée du personnel le 29 janvier, 65 collaborateurs sur 67 présents (mais anonymes) ont décidé d'une action sur le terrain politique, cette fois. Ils ont transmis ce mardi à tous les conseillers municipaux une lettre ouverte adressée à la FAD en décembre dernier. Ils y fustigeaient le «climat qui s’est instauré depuis l’arrivée de Madame Chavrier à la direction en juillet 2023». Ils poursuivent: «Nous ne sommes ni une poignée de rancuniers, ni des personnes fragiles incapables d’accepter le changement. Nous sommes une équipe qui décrit un problème structurel de management et des comportements que nous ne pouvons accepter.» La commission du personnel remet également en doute les recettes de la billetterie, qui seraient moins mirobolantes qu’annoncé. «La composition comme le fonctionnement de cette commission surprennent à bien des égards. Sa représentativité questionne aussi», réagit Me Romain Jordan.

Pendant que le conflit fait rage sur le terrain humain, judiciaire et politique, l’étranger proche observe la crise avec intérêt. Une longue enquête du journal Le Monde, parue la semaine dernière, donne de cette affaire un retentissement dont Genève ne peut pas tirer avantage.