La leçon de NoG7 aux médias
A dix jours du Sommet d’Évian, les négociations se poursuivent toujours entre le gouvernement et NoG7. Pas de grandes révélations du collectif sur la suite, si ce n’est qu’il veut un autre tracé de la manifestation. En revanche, le collectif critique vertement la couverture médiatique dont il est l’objet.
Ils ont convoqué la presse pour lui faire la leçon. «Certains de vos confrères et consœurs, dont les titres sont représentés ici, continuent à agiter en boucle le totem de 2003. En parallèle d'une indifférence méprisante envers les morts et les exploités de ce monde, cela dit beaucoup de la dérive morale et déontologique de certaines rédactions», assène par exemple Yann Heurtaux, représentant du collectif NoG7 et membre de LFI Lausanne et Suisse romande.
Après les annonces du Conseil d’État hier, on attendait aujourd’hui la réponse du berger à la bergère. Mais le collectif a préféré reprocher aux nombreux médias venus l’écouter de passer à côté des vrais problèmes. Et la liste est longue: «capitalisme voyou, destructeur et écocide, droits fondamentaux bafoués, violences policières, fascisme et impérialisme, démantèlement du service public genevois, destruction des peuples et exploitation du vivant», entre autres.
«Les personnes qui attaquent les manifestantes et les manifestants, c'est la police, et non pas les groupuscules dont vous parlez»
En conséquence, le collectif estime qu’il est de son devoir d’aider les manifestants à se protéger. D’où la diffusion de son petit «guide anti-répression policière», incitant notamment à se masquer le visage. Membre du collectif et secrétaire syndicale au SIT, Alice Lefrançois s’en explique: «On appelle à une manifestation pacifique. Maintenant, on sait qu’il peut y avoir des débordements. Souvent, ces débordements peuvent être provoqués directement par la police, par son attitude et par un dispositif extrêmement inquiétant. Donc nous n’allons pas répondre maintenant de groupes ou d'individus qui organiseraient des actions en dehors de la coalition. Ce qu'on constate, c'est que les personnes qui attaquent les manifestantes et les manifestants, qui les mettent en danger, c'est la police, et non pas les groupuscules dont vous parlez.» La militante dénonce aussi un fichage des activistes qui n’aurait rien à envier à l’affaire des fiches dans les années 80.
«Le pont du Mont-Blanc est un lieu marquant des luttes à Genève et un endroit qui nous offre de la visibilité»
Mais puisqu’il faut aussi parler du concret, l’itinéraire de la manifestation n’est toujours pas arrêté. Le collectif dénonce des conditions surréalistes dans l’autorisation du cortège, notamment l’exigence de ne pas faire de bruit et une distance de trois mètres cinquante de chaque côté du défilé. Des conditions impossibles à garantir, selon Françoise Nyffeler, membre du collectif. Elle déplore aussi un tracé parsemé de travaux, auquel elle veut opposer plusieurs alternatives.
Une rencontre est donc prévue ce soir avec Carole-Anne Kast qui avait laissé la porte ouverte à de nouvelles négociations. Le collectif va tenter de la convaincre d’un tracé différent, Rive droite. Mais son plan A demeure la traversée du pont du Mont-Blanc. Pourquoi cet ouvrage est-il devenu le totem des activistes? «Depuis de nombreuses années, que ce soit la grève féministe ou les prides, de nombreuses luttes y sont passées, répond Teo Frei, membre du collectif et de Solidarités. La grève des maçons y va chaque année aussi. Le pont du Mont-Blanc est un lieu marquant des luttes à Genève et un endroit qui nous offre de la visibilité.» Un lieu chargé d'histoire politique, aussi: «Plus généralement, c'est toute cette rade avec toutes ces enseignes capitalistes qui est extrêmement révélatrice des mots de Jean Ziegler racontant ses discussions avec Che Guevara, poursuit Teo Frei. Ce dernier lui disait justement de se battre ici à Genève, dans le cœur du capitalisme. Et cette rade avec toutes ses enseignes nous le montre. Symboliquement, c'est vraiment un lieu important.»
Que se passera-t-il si la réunion de ce soir n’aboutit pas à un consensus? Le collectif promet de nous convoquer, le moment venu.