Genève

Le Grand Théâtre pleure une partie de la manne cantonale

03.03.2026 18h48 Laure Lugon Zugravu / Vincent Ulrich

gtg

Faute de budget voté, le canton a taillé la moitié de la subvention qu’il devait verser à l’institution. Les élus municipaux s’inquiètent d’une situation qui menace la culture genevoise.

Il manque un million de francs dans les caisses du Grand Théâtre. Le canton n’est pas en mesure de payer ce qu’il avait promis. Fonctionnant aux douzièmes provisoires, il a amputé sa subvention de moitié: 600'000 francs au lieu de 1,2 million. Ceci ajouté à la baisse linéaire de 2% opérée par la Ville, la Fondation est dans une situation difficile.

«C'est une grande préoccupation pour le Grand Théâtre, atteste Xavier Oberson, président du Conseil de fondation du GTG. Nous avons toujours eu dans le passé un déficit structurel qui a toujours été communiqué, qui a pu être comblé jusqu'ici par des apports de mécènes. On a un taux de mécénat qui est très important. Mais maintenant que ces subventions du canton et de la ville sont vraisemblablement réduites, cela pose vraiment un problème, y compris pour l'artistique. Cela pourrait même remettre en question l'ampleur des prestations que l'on fournit.»

«Cette loi, au lieu de renforcer les institutions culturelles, les fragilise»

La nouvelle loi sur la culture donne plus de prérogatives au canton en matière de gestion, et vise le cofinancement des grandes institutions. On en est très loin. Alexandre Chevalier, conseiller municipal UDC et membre de la commission des arts et de la culture (CARTS): «La loi qui donnait des compétences au canton en matière financière et de soutien aux grandes institutions culturelles dont le Grand Théâtre était une mauvaise loi, une mauvaise idée parce qu'aujourd'hui on se rend compte qu'avec les difficultés financières du canton, il n'est plus en capacité de payer ce qu'il doit et par conséquent au lieu de renforcer les institutions culturelles, ça les fragilise et c'est un très mauvais signal pour des grandes institutions comme le Grand Théâtre.»

Ce souci est partagé de la droite conservatrice à la gauche radicale en passant par le Centre-Vert’libéraux. Président de la CARTS, Christian Zaugg, d’Ensemble à gauche et Union populaire, craint aussi pour d’autres institutions aux projets d’envergure: «Le Grand Théâtre est en danger, c'est vrai, puisque c'est une des premières fois qu'il se trouve en situation de déficit. Et mes inquiétudes vont tout autant pour les projets futurs, c'est-à-dire le MAH et la Bibliothèque de Genève. Parce que chaque projet au niveau du crédit d'investissement représente un montant de 200 millions. Il est totalement impossible pour la ville de payer 400 millions. Dès lors, dans le climat que nous connaissons au niveau du Grand Conseil, je m'inquiète énormément pour l'avenir de la culture ici à Genève.»

Contacté, le département de Thierry Apothéloz dit regretter cette situation due au refus du budget par le Grand Conseil et prendre au sérieux les difficultés financières des institutions culturelles. Cependant, il n’évoque pas de remède immédiat: «Les dispositions prévues par la nouvelle loi sur la culture concernant le Grand Théâtre, qui demeurent pleinement d’actualité, doivent toutefois s’inscrire dans les réalités financières et politiques auxquelles le canton de Genève fait face.» Il rappelle qu’il a aussi participé à hauteur de 8 millions de francs aux travaux récemment engagés, notamment pour la rénovation des machineries scéniques.

L’institution lyrique emploie près de 800 personnes par saison et rayonne au-delà de Genève. Le plan financier pour les dix ans à venir, que la Ville a présenté hier en commission, tient compte d’une contribution substantielle du canton, soit environ 10 millions par an. Une ambition peut-être de moins en moins réaliste.