Genève

Le délire mystique du médecin sous crack qui a tué sa femme

02.03.2026 19h13 Rédaction / ATS

procès

Un médecin comparaît depuis lundi devant le Tribunal criminel de Genève pour avoir abattu sa femme dans leur villa à Vandoeuvres en octobre 2021. Les faits se sont déroulés dans un contexte de délire mystique aggravé par une prise massive de cocaïne et de crack.

L'état mental du prévenu sera au coeur des débats, selon son avocate Me Yaël Hayat. L'homme, âgé aujourd'hui de 57 ans, a tiré à quatre reprises avec un revolver en direction de sa femme qui lui tournait le dos dans leur chambre à coucher. Touchée par trois balles, elle était décédée peu après. Le mari a été interpellé dans la foulée. Il doit répondre d'assassinat.

Marié depuis plus de vingt ans, ce couple consommait énormément de cocaïne et de crack. Le dermatologue, spécialisé en chirurgie esthétique, a expliqué avoir commencé à consommer de la cocaïne de manière festive, avec sa femme qui était mannequin. Dès le premier confinement, ils passent au crack.

Entre 2020 et 2021, il achète près de quatre kilos de cocaïne. La drogue était "le ciment du couple", explique le prévenu, qui fournissait la cocaïne à son épouse anorexique. C'était, selon lui, une manière de la faire manger. "Mais je n'ai jamais renoncé à la sortir de la drogue", nuance-t-il.

"Une bonne actrice"

Leur relation était émaillée de violences. Un couple "très toxique", "un amour rock'n'roll", explique l'homme devant le Tribunal. Confronté à plusieurs déclarations accablantes, il explique que sa femme était "une bonne actrice". Des bleus et du sang sur son visage? Des traces des traitements esthétiques visant à combler les séquelles de son anorexie, selon lui.

La nuit des faits, le mari avait d'abord consommé de la cocaïne. Il était persuadé que son épouse avait notamment été victime d'abus sexuels de la part son père à elle, qu'il désignait comme le "prince des ténèbres" et qu'il détestait. C'était, selon lui, le moteur de son anorexie et qu'il fallait qu'elle lui révèle "le sordide".

Mysticisme et «apesanteur»

L'homme a ensuite pris une "bonne bouffée de crack" et est "parti en apesanteur". Il aurait alors entendu une voix. Il se serait réveillé et découvert sa femme morte. Ses souvenirs sont confus. "Tirer quatre coups dans un état que je ne me connais pas, c'est satanique", estime-t-il, sans pouvoir expliquer pourquoi et comment il a tiré.

Interrogé sur son comportement après les faits, il parle de manque de cohérence. Il était guidé par une sorte de "mysticisme", explique-t-il. La drogue, couplée à la prise d'androgènes et d'autres médicaments lui ont donné un "sentiment de toute puissance", explique ce médecin, qui voulait "sauver sa femme", " qu'il aimait".

Originaire du Valais, le médecin était en possession de plusieurs armes, dont deux pistolets, un fusil d'assaut et un couteau à cran d'arrêt. Ce gradé de l'armée a expliqué qu'il n'avait pas pensé à déclarer ses armes une fois arrivé à Genève.

Chantage

Le médecin est aussi accusé de tentative d'abus de détresse à l'encontre de sa femme de ménage, qui n'était pas déclarée. Selon le Ministère public, il aurait profité d'un lien de dépendance pour obtenir des faveurs sexuelles. Cette femme a entre-temps retiré sa plainte suite à un accord, mais cette infraction est poursuivie d'office.

Selon le prévenu, la femme de ménage, "que même le chien ne supportait pas", s'est avérée "très vénale". Contestant toute tentative de viol, il affirme qu'elle exerçait une forme de chantage sur lui, car le couple voulait la licencier. Il admet s'être montré nu devant elle à trois reprises et lui avoir proposé un plan à trois "par provocation".

Le procès se poursuit mardi avec deux témoins de moralité. Le réquisitoire et les plaidoiries sont prévus mercredi.