Les lutteurs suisses aux prises avec la Ville de Genève
Genève est candidate à l’organisation de la fête fédérale de lutte en 2031, sur la plaine de Plainpalais. Mais la Ville bloque. Irréalisable en termes d’affluence, de trafic et de nuisances. De leur côté, les organisateurs préviennent: hors Plainpalais, le projet n’a plus de sens et sera retiré.
Voilà à quoi pourrait ressembler la plaine de Plainpalais en été 2031 si Genève accueillait la fête fédérale de lutte: une arène en bois, de la poussière, des colosses et possiblement 300'000 spectateurs venus de toute la Suisse sur un week-end. Ce projet serait une première pour Genève et une originalité pour la Suisse, puisque jamais une telle fête n’a eu lieu dans le canton, ni au cœur d’une cité.
Seulement voilà: la Ville ne veut pas entendre parler d’un tel dispositif à Plainpalais, jugé irréaliste: «Sur le principe, oui, c'est une belle idée, explique la conseillère administrative Marie Barbey-Chappuis. La précédente fête fédérale s'étendait sur 70 hectares. La plaine de Plainpalais, c'est 7 hectares. C'était 350 000 personnes, donc ce n'est pas réaliste de mettre tout ce monde à Plainpalais. Même avec un chausse-pied, on n'y arriverait pas. Donc c'est démesuré par rapport à la place que l'on a.»
«On a fait toutes les études qui montrent que ça rentre et qu'aucun arbre ne sera touché»
Le concepteur du projet assure pourtant avoir respecté toutes les contraintes. La structure mesurera 24 mètres de hauteur, plus bas que les immeubles environnants: «L’arène est adaptée à la jauge de 45 000 personnes et architecturalement, on a fait toutes les études qui montrent que ça rentre et qu'aucun arbre ne sera touché, explique Thomas Büchi, patron de Charpente Concept. Donc on a une structure assez spectaculaire qui donne un porte-à-faux sur l'arrière. C'est très beau et entièrement réalisé en bois suisse.» La structure et conçue comme un jeu de lego, préfabriqués en atelier et qui seront montés sur le site: «On a ramené le temps de chantier à deux mois de montage, un mois de démontage. Ça ne fera pas de bruit, puisqu'il n'y a que des boulons et des écrous à poser sur le site.»
Thomas Büchi songe aussi à mettre en lumière les métiers du bois, avec visites des écoles. Une fois la fête terminée, la structure pourra être remontée ailleurs. Les organisateurs sont déjà en pourparlers avec des institutions intéressées à récupérer l’arène.
«Pas réaliste en termes de gestion des flux, de sécurité, d'emprise, de contrainte pour les riverains»
Tout ceci ne convainc pas pour autant la Ville: «Ce n'est tout simplement pas réaliste en termes de gestion des flux, de sécurité, d'emprise, de contrainte pour les riverains, estime Marie Barbey-Chappuis. Ce serait des mois de montage, de démontage d'une arène d'une fois et demie la taille du stade de Genève en plein centre-ville.»
La magistrate voulait privilégier une option en périphérie campagnarde avec un point de rassemblement festif à Plainpalais. Mais les organisateurs estiment que cela nécessiterait des fondations coûteuses sur du terrain agricole et que cela doublerait le prix de la fête, par ailleurs entièrement autofinancée. «Si la ville ne souhaite pas continuer sur ce projet et ne veut pas d’une arène à Plainpalais, on ne déposera pas de dossier parce que ça ne fait pas de sens, on sait qu'on ne va pas gagner», tranche Vincent Heiniger, président du comité de candidature, de l’association cantonale de lutte suisse et du Club de lutte suisse de Carouge.
«Un de nos objectifs, c'est de remettre Genève sur la carte de la Suisse»
De son côté, le Conseil d’État est favorable. Pierre Maudet, qui porte le projet depuis le début, le confirme, mais refuse de s’exprimer sur le différend qui oppose le canton à la Ville. Même le cirque Knie, qui devrait être retardé pour la circonstance, a donné son accord. Pour Vincent Heiniger, l’occasion remplit aussi un besoin de cohésion nationale autour d’une fête très populaire: «Un de nos objectifs, c'est de remettre Genève sur la carte de la Suisse parce que c'est vrai que, malheureusement, surtout dans notre milieu de la lutte suisse, Genève n'est pas forcément considérée comme suisse alors qu'on l'est entièrement.» Il est vrai que les chemises edelweiss sont moins courantes dans la République qu’en Suisse centrale. D’où, peut-être, l’intitulé du projet, baptisé Edelweiss, comme une petite touche symbolique.
La pré candidature genevoise doit être déposée demain jeudi et la candidature définitive à fin août. Quant au vote des 300 délégués, il aura lieu l’année prochaine. La fête fédérale de lutte doit avoir lieu tous les quinze ans en Suisse romande. Pour 2031, Neuchâtel et le Valais sont sur les rangs, et ces deux cantons ne manquent pas de campagnes où rouler dans la sciure. Comme c’est parti, cette fête pourrait bien échapper à Genève.