Les responsables d'un rodéo urbain mortel à Genève écopent de 7 ans
La victime du rodéo urbain en 2023 à Genève dont les deux responsables ont été condamnés vendredi par le Tribunal correctionnel avait été projetée à plusieurs dizaines de mètres (archives).
Photo: KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFILes deux protagonistes d'un rodéo urbain tuant une cycliste de 31 ans en 2023 à Genève écopent de 7 ans de prison. Le Tribunal correctionnel les a condamnés vendredi pour meurtre par dol éventuel et tentative de meurtre par dol éventuel. Des appels ont été interjetés.
A la demande du Ministère public, les deux hommes ont été immédiatement arrêtés et placés en détention. Leurs avocats ont dix jours pour recourir à cette incarcération auprès de la Cour de justice.
Ils ont dénoncé des "excès" de la procureure Olivia Dilonardo qui avait brandi la menace d'une fuite ou d'une réitération des infractions. Mais leurs demandes de mesures de substitution élargies n'ont pas convaincu le tribunal.
Sur les faits, "les prévenus avaient conscience du danger", a affirmé la présidente Alexandra Banna. Leur attitude d'aveuglement à des "vitesses insensées" rendait "l'issue fatale", a-t-elle ajouté.
Le Tribunal fédéral (TF) a par le passé considéré que le dol éventuel pouvait être appliqué aux "cas flagrants". Par rapport au responsable d'un précédent rodéo urbain à Genève qui avait tué un piéton et blessé grièvement un second en 2013, les peines sont supérieures de deux ans.
Au moment des faits, les deux hommes, âgés alors de 33 et 22 ans, s'étaient engagés peu avant 02h00 dans des accélérations et des dépassements. Ce rodéo urbain se sera étalé sur environ deux kilomètres, en dehors de quelques arrêts aux feux rouges.
"Connerie" pour l'un des prévenus
Selon le tribunal, les images et les mesures "édifiantes" montrent clairement que la course-poursuite est avérée, contrairement aux dénégations du plus âgé du prévenu. Celui-ci avait fauché la cycliste à plus de 140 km/h dans une zone limitée à 60 km/h, la projetant sur 48 m. La faute "est extrêmement grave", selon la présidente. La victime, une Espagnole qui travaillait dans une organisation internationale, traversait la route à vélo hors d'un passage piéton.
Mais le tribunal estime que si le chauffard avait circulé à la vitesse autorisée, la collision n'aurait pas eu lieu "parce qu'il aurait eu le temps de freiner". Il a dénoncé aussi la collaboration de ce père de trois enfants dans la procédure, passée de bonne à mauvaise. Pendant l'audience, l'individu avait admis une "connerie".
Au terme de la peine de 7 ans de prison sous déduction de 189 jours d'incarcération préventive, ce Kosovar sera expulsé pour 5 ans. Ses avocats ont expliqué qu'ils allaient réfléchir avant de se prononcer sur un éventuel recours. Mais l'un d'entre eux, François Canonica, laisse entendre déjà qu'un appel sera interjeté.
L'autre protagoniste, qui avait reconnu à l'audience une responsabilité morale, avait décéléré voire freiné en amont du choc. Malgré cette situation, le tribunal estime qu'il a manifesté sa volonté de continuer la course et le considère comme "co-auteur". Il déplore aussi qu'il ne se soit arrêté que 650 mètres plus loin, avant de revenir à pied sur les lieux du drame.
"Egoïstes" et "futiles"
Il retient son changement d'attitude tardive, mais le condamne à une peine semblable à l'autre prévenu en raison d'autres infractions, notamment des violations graves à la circulation routière. L'avocat du Franco-Suisse, Robert Assaël, a immédiatement interjeté appel. Tout comme le Ministère public avait requis des peines de 9 ans pour le Kosovar et 8 ans pour son acolyte franco-suisse.
En partageant le verdict, la présidente a rappelé que les deux hommes étaient deux passionnés de véhicules, tous deux déjà condamnés pour des infractions routières. Selon elle, leurs motifs étaient "égoïstes" et "futiles".
Outre la défunte, le prévenu le plus âgé avait également percuté plus loin un véhicule qui venait en face de lui, blessant son occupant. Celui-ci subit toujours les effets psychologiques de cette collision. Seule "la chance" explique qu'il ait survécu, a ajouté la présidente.