Genève

Les trésors de la Bibliothèque de Genève en danger

27.03.2026 18h52 Lucie Hainaut / Laure Lugon

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La Bibliothèque de Genève renferme des milliers de trésors. Depuis sa création par Jean Calvin en 1559, elle conserve la mémoire du canton: manuscrits de la Renaissance, carnets d’écrivains, correspondances de personnalités illustres… Mais le bâtiment n’est plus aux normes et fait peser un risque réel sur les collections. Un projet de rénovation existe, son financement reste toutefois incertain.

Parmi les pièces conservées, un manuscrit de 1498 signé Luca Pacioli, illustré possiblement par Léonard de Vinci. Un ouvrage rarissime, conservé aux côtés de centaines de milliers d’autres documents.

Des trésors menacés par un bâtiment vétuste

Au total, la valeur des collections dépasse le milliard de francs. Pourtant, les conditions de conservation ne sont plus adaptées. «Les variations de température, d’humidité et la poussière entraînent des dégradations. Les papiers deviennent cassants, des moisissures apparaissent» se désole Frédéric Sardet, directeur de la Bibliothèque de Genève.

Plus inquiétant encore: les installations électriques vieillissantes. «Des départs de feu, on en a eu. Et si un incendie se déclarait, les pompiers ne pourraient pas entrer compte tenu de la structure du bâtiment, car ils prendraient trop de risques» prévient le directeur.

Une conservation éclatée et coûteuse

Pour limiter les dangers, la Bibliothèque a déplacé 150'000 ouvrages parmi les plus précieux dans des dépôts sécurisés. Mais cela ne représente que 10% des collections.

Cette dispersion complique fortement le travail quotidien. «On parcourt 1'800 kilomètres par an pour acheminer les ouvrages. C’est l’équivalent d’un tour de Suisse» souligne Émilie Vaudant, chargée de projets auprès de l’institution. 

Elle engendre aussi des coûts importants: environ 8,2 millions de francs par an pour la location de dépôts extérieurs. Une solution temporaire, mais peu viable à long terme.

Un projet à 200 millions, mais un financement incertain

Un projet de rénovation et d’extension a été sélectionné en 2023. Il prévoit notamment la construction de niveaux souterrains pour regrouper l’ensemble des collections entre la Bibliothèque et Uni Bastions. Coût estimé: 200 millions de francs.

«La LPCCA, la loi sur la culture et la création artistique, prévoit que le canton donne la moitié des investissements pour entrer en co-gouvernance de cette belle institution. Donc nous avons 25 millions d’une fondation privée et l’étape suivante est d’avoir le financement conjoint canton, communes et Ville de Genève» détaille Joëlle Bertossa, conseillère administrative en charge de la culture en Ville de Genève.

Pour autant, rien n’a été formellement arrêté. Et certains acteurs craignent que le canton ne réduise sa participation: «En Ville de Genève, nous remarquons que l’État est en train de retirer ses billes. Et nous, on ne pourrait pas construire cette bibliothèque sans le concours du canton» avertit Christian Zaugg, conseiller municipal Ensemble à gauche, et Président de la commission des arts et de la culture (CARTS).

Contacté, le département de Thierry Apothéloz indique que les discussions sont toujours en cours.

Un chantier déjà en retard

Le projet accuse déjà un an de retard. Le début des travaux est désormais envisagé pour 2028. D’ici là, la Bibliothèque de Genève continue de fonctionner avec des infrastructures vieillissantes, tout en protégeant au mieux ses collections.

Mais sans décision rapide sur le financement, c’est une partie de la mémoire du canton qui reste exposée à des risques majeurs.