Genève

Longévité: la jeunesse coule dans les veines des centenaires

24.02.2026 17h35 Delphine Palma

centenaires

En Suisse, seuls 0,02% de la population ont 100 ans ou plus. Une étude menée par l’UNIGE et l’UNIL révèle que certains marqueurs biologiques des centenaires ressemblent davantage à ceux de personnes de 30 à 60 ans qu’à ceux d’octogénaires.

Pourquoi certaines personnes franchissent-elles le cap des 100 ans et pas d'autres? Et quel rôle joue la biologie dans ces écarts d’espérance de vie?

Dans le cadre du projet «SWISS 100», des chercheurs des universités de Genève et de Lausanne ont comparé le sang de 39 centenaires, 59 octogénaires et 40 adultes entre 30 et 60 ans. Au total, 724 protéines ont été analysées, notamment liées à l’inflammation et au système cardiovasculaire.

Résultat: pour 95% de ces protéines, les centenaires présentent un profil comparable à celui des octogénaires. Mais pour 37 protéines précisément, le constat est différent. «5% de ces protéines ont un profil comparable à celui des jeunes. Nous pensons que ces marqueurs sont vraiment importants pour expliquer, et pour mieux comprendre les secrets des centenaires», explique le professeur de médecine de l'UNIGE Karl-Heinz Krause. Il a dirigé ce volet biologique de l'étude avec son collègue Flavien Delhaes. 

Moins d’usure cellulaire

Plus précisément, certaines protéines impliquées dans la gestion des graisses et du glucose restent à des niveaux comparables à ceux de personnes beaucoup plus jeunes. L’inflammation chronique, elle aussi, apparaît plus basse.

Mais les différences les plus marquées concernent le stress oxydatif, un mécanisme clé du vieillissement cellulaire. Chez les centenaires, les niveaux de protéines liés à ce phénomène sont nettement plus faibles que chez les octogénaires testés dans l'étude. En clair, leurs cellules semblent moins «usées» par le temps. «Ce marqueur de stress oxydatif,  augmente avec l'âge. Les gens de 80 à 90 ans ont beaucoup de signes de stress oxydatif, mais nos centenaires n'en ont pas. Cela veut dire qu'ils ont un état métabolique plus proche d'un jeune que celui-là d'un octogénaire», poursuit l professeur.

La génétique ne représente que 25 % des facteurs 

À terme, ces résultats pourraient ouvrir la voie à de nouveaux traitements médicamenteux ciblant la fragilité liée à l’âge. L’étude donne aussi des pistes concrètes pour favoriser un vieillissement en meilleure santé. Le stress oxydatif est notamment influencé par l’alimentation. «Si on mange une pomme ou un autre fruit le matin, on peut pour toute la journée garder  le stress oxydatif plus bas», illustre le professeur krause.

Car la génétique n’expliquerait qu’environ 25% de la longévité. Le mode de vie — alimentation équilibrée, activité physique, poids stable, liens sociaux — demeure  un levier majeur pour espérer, peut-être, garder un «sang de centenaire».