Me Romain Jordan: «Quand votre collectivité dysfonctionne à un tel point, il est important que la tête réponde»
Trois mois et demi après le drame de Crans-Montana, l’enquête judiciaire franchit une nouvelle étape. Quatre nouveaux prévenus, dont le président de la commune. Me Romain Jordan, avocat de familles de victimes, est notre invité.
La procédure prend de l’ampleur. Treize personnes sont désormais prévenues, dont le président de la commune de Cran-Montana. Pour Me Romain Jordan, il s’agit d’un signal fort. «C’est une bonne nouvelle pour les familles que la procédure avance et que le Ministère public n’a pas peur d’ordonner les mises en prévention qui doivent l’être», souligne-t-il. L’avocat pointe en particulier la responsabilité de la commune, évoquée dès les premiers jours du drame.
Une responsabilité politique désormais engagée
L’audition du président de la commune marque un tournant symbolique. «Quand votre collectivité dysfonctionne à un tel point, il est important que la tête réponde aussi aux questions et se justifie», insiste Me Romain Jordan.
Sur le plan international, la mise en prévention du couple Moretti en Italie ne devrait pas compliquer le dossier valaisan. «Chaque pays mène les procédures qu’il estime utiles», rappelle l’avocat, évoquant les mécanismes d’entraide entre États.
Des excuses jugées secondaires
Les excuses publiques du président de l’Office du tourisme, Jean-Daniel Clivaz, laissent Me Romain Jordan sceptique. «C’est un épiphénomène et à mon avis un coup de communication», tranche-t-il. Pour lui, l’essentiel reste ailleurs: faire avancer les investigations et établir les responsabilités.
Le rythme de la procédure est jugé satisfaisant à ce stade, mais la vigilance reste de mise. «Je serai extrêmement attentif à ce que ce rythme demeure, voire accélère encore», prévient-il, refusant tout enlisement du dossier.
Les familles en quête de vérité
Les attentes des proches des victimes, elles, sont claires. «Elles demandent des réponses, elles demandent de comprendre comment une commune comme Crans-Montana a pu à ce point dysfonctionner», explique Me Romain Jordan. La question de la sécurité, notamment pour des mineurs, est centrale.
Enfin, la validation de sa plateforme de récolte de vidéos de témoins constitue une «bonne nouvelle» pour les familles. L’outil pourrait encore livrer des éléments utiles à l’enquête, même si son impact reste à déterminer. Pour Me Romain Jordan, la suite de la procédure devra se concentrer «sur les faits, les faits et rien que les faits».