Mesures canicule: quelles règles s'appliquaient sur le tarmac de l'aéroport?
Swissport et Dnata avaient-ils le droit de faire travailler leurs employés sur le tarmac de l’aéroport de Genève, sans se plier aux règles canicule édictées par le canton ? Des mesures réglementaient le travail en extérieur de jeudi à dimanche, à cause des températures extrêmes. Pourtant, les horaires des équipes sur la piste n’ont pas été adaptés en conséquence.
De jeudi à dimanche, les températures extrêmes ont conduit l'Office cantonal de l'inspection et des relations du travail (OCIRT) à interrompre le travail en extérieur après 13 heures. Pourtant, sur les pistes de Genève Aéroport, les équipes responsables du chargement des bagages et de l'assistance aux avions ont continué à travailler tout l’après-midi.
Le syndicat dénonce des conditions de travail éprouvantes
Pour le SSP, les employés du tarmac ont été exposés à des conditions particulièrement difficiles:
«Les équipes travaillent directement sur le tarmac, exposés au rayonnement du soleil mais aussi à la chaleur réverbérée par le sol, qui peut atteindre 60 degrés. Ce sont des salariés qui manipulent des bagages et effectuent un travail physique très exigeant», dénonce Alejo Patiño, secrétaire syndical au SSP Trafic aérien. Il ajoute: «des salariés ont fait des malaises samedi et dimanche et ont dû rentrer chez eux, parce qu'ils ne se sentaient pas bien».
Les directives de l'OCIRT prévoient une exception pour les activités indispensables en extérieur. Dans ce cas, un régime d'alternance doit être mis en place, avec 15 minutes de travail au soleil suivies de 45 minutes de récupération à l'ombre.
Selon le SSP, cette règle n'a pas été respectée: «Les salariés nous envoient des captures d’écran de leurs horaires, montrant qu'ils travaillent parfois une ou deux heures avant de pouvoir prendre cinq, dix ou quinze minutes de pause. Ce n'est absolument pas ce que prévoient les directives de l'OCIRT» dénonce le secrétaire syndical.
Swissport invoque les impératifs de l'exploitation
La majorité des employés concernés travaillent pour Swissport et Dnata.
Swissport affirme par la voix de son porte-parole accorder «la plus haute importance à la santé et à la sécurité de ses collaborateurs». L'entreprise souligne toutefois que l'application stricte du régime prévu par l'OCIRT «entraînerait un ralentissement significatif, voire un arrêt complet des opérations aéroportuaires».
Elle indique être en discussion avec l'OCIRT et Genève Aéroport afin de définir les modalités d'application des mesures.
L'entreprise assure avoir mis en place plusieurs dispositifs de protection: distribution d'eau, adaptation des tenues de travail, pauses supplémentaires, accès à des espaces climatisés et renforcement des effectifs pour limiter l'exposition à la chaleur.
Un flou autour des règles applicables
De son côté, Genève Aéroport explique que ses propres plans fortes chaleurs étaient déjà activés dès le début de la semaine dernière.
Son porte-parole précise que «les règles exposées par l'OCIRT la semaine dernière ne s'appliquent pas à Genève Aéroport, considéré comme établissement essentiel», estimant que le texte publié en urgence nécessitait «quelques clarifications utiles».
Interrogé sur l'existence d'un régime d'exception spécifique pour l'aéroport, le Département n'apporte pas de réponse directe. Il indique simplement que «l'épisode de canicule que nous venons de vivre a montré la nécessité d'une meilleure coordination avec certains secteurs» et que des discussions sont en cours pour préparer les prochains épisodes de fortes chaleurs.
Des dénonciations déposées
Une zone grise semble subsister quant aux règles applicables sur le tarmac genevois lors des épisodes de canicule.
Le SSP annonce avoir déposé plusieurs dénonciations auprès de l'inspection cantonale du travail afin que la situation soit examinée.