Michel Matter claque la porte des Vert'libéraux pour rejoindre LJS
Après le départ de Marc Saudan et de Raphaël Dunand, LJS récupère Michel Matter. Sa motivation: peser sur le dossier de la santé. Mais en toile de fond, ces manoeuvres visent aussi les élections fédérales.
C’est l’histoire d’une rocade entre adversaires politiques. Michel Matter annonce aujourd’hui sur notre antenne quitter les Vert’libéraux pour rejoindre Libertés et justice sociale (LJS).
Le parti de Pierre Maudet n’aura pas attendu longtemps pour lancer la contre-offensive. La semaine dernière, il accusait le coup: le départ de deux de ses députés, Marc Saudan et Raphaël Dunand, qui rejoignent les Vert’libéraux. Comme Michel Matter ne filait plus l’amour parfait avec son parti, un échange était tout indiqué.
Ainsi, un médecin (Matter) remplace un médecin (Saudan), profession qui représente un avantage comparatif dans les urnes. Même si l’ophtalmologue n’a plus de mandat électif. Élu au Conseil national en 2019 grâce à un agrégat de petites listes apparentées, Michel Matter a offert aux Vert’libéraux le seul siège qu’ils vont s’empresser de perdre en 2023, faute d’alliés et d’apparentements. Une défaite que l’ambitieux médecin pourrait laver aux élections nationales de l’an prochain. Car lui autant que Marc Saudan doivent avoir Berne dans le viseur. «Je ne peux pas anticiper mais cela fait partie des discussions», admet pour sa part Michel Matter. En 2021, il s'est aussi porté candidat au Conseil d’État lors de l’élection complémentaire après la démission de Pierre Maudet, sans succès.
«C’est un choix de conviction et de combat»
La motivation première du docteur Matter n’aurait rien à voir avec son désir de retrouver les frissons de la Coupole: «C’est un choix de conviction et de combat, explique-t-il. Je veux agir sur les primes et je crois à la Caisse Santé Genève, projet de Pierre Maudet soutenu par le Conseil d’État.» Peser sur ce dossier, ou agir notamment sur les réserves des assureurs pour faire baisser les primes, c’est un défi à sa taille. Quand on lui rappelle qu’il n’est pas député au Grand Conseil, s'agissant du projet genevois à vocation publique, il répond: «Effectivement, mais je peux porter ce dossier auprès de la population.» Et le médecin n’hésite pas à reprendre à son compte l’expression du Premier ministre britannique, «stand for something» (défendre des valeurs, avoir des principes).
Compte tenu de son expertise politique sur les dossiers médicaux – il est aussi président de l’Association des médecins genevois (AMG) et membre du Conseil d’administration des HUG – Michel Matter est une excellente recrue pour Pierre Maudet. Et il n’y aura pas de guerre d’egos, assure le médecin: «Je peux travailler avec lui, je l’ai déjà fait dans le cadre de mes autres fonctions. Et Pierre Maudet sait que j’ai des lignes rouges.»
Avec les Vert'libéraux, des divergences et un manque de confiance
Ceux qui le savent aujourd’hui, ce sont en tout cas les Vert’libéraux. Entre eux et Michel Matter, rien n’allait plus depuis pas mal de temps, et le démissionnaire le reconnaît volontiers. Des divergences sur les dossiers santé, tout d’abord: Michel Matter était bien seul à droite et au centre à s’opposer à la taxe de 50 francs qu’on aurait pu imposer aux patients fréquentant les urgences sans orientation préalable d’un médecin – une option finalement rejetée par le Conseil des États. Idem sur la contraception gratuite, à laquelle il était favorable. Et sur le libre-choix du médecin, défendu corps et âme par le docteur Matter, la dissension avec son parti était aussi patente.
Enfin, l’ophtalmologue évoque un manque de confiance du président des Vert’libéraux, Aurélien Barakat, à son endroit. Où il faut comprendre que l’arrivée surprise de Marc Saudan et de Raphaël Dunand, gardée secrète jusqu'au dernier moment, a représenté la goutte d’eau: «Disons qu’Aurélien Barakat aurait pu m’appeler et me consulter.»
Selon nos informations, les Vert’libéraux auraient décidé de reléguer Michel Matter en queue de liste pour les élections fédérales, lui préférant leur nouvel arrivé, Marc Saudan. Une décision qui aurait dû lui être communiquée ces prochains jours. Michel Matter aura pris la poudre d’escampette avant.