Pierre Maudet: «Très longtemps, on a considéré que l’hôpital devait tout traiter»
Pierre Maudet défend le nouveau centre de chirurgie ambulatoire inauguré à Genève. Pour le conseiller d’État en charge de la santé, ce modèle doit permettre de réduire les coûts tout en améliorant la prise en charge des patients.
Le nouveau centre de chirurgie ambulatoire genevois sera-t-il un modèle pour le reste de la Suisse? Pierre Maudet veut y croire. Le conseiller d’État chargé de la santé a défendu ce partenariat public-privé, porté avec le groupe Hirschanden. «Tous les ingrédients sont réunis a priori pour réussir», affirme-t-il.
Selon lui, Genève a tiré les leçons des précédentes expériences romandes, notamment à Lausanne. Le magistrat met en avant «une convention solide», un partage «50-50 entre public et privé» et une forte densité de médecins capables d’y pratiquer. Surtout, il estime que le moment est propice avec l’évolution du financement des soins ambulatoires.
«La Suisse a du retard»
Grâce aux avancées technologiques et à des opérations moins invasives, davantage de patients peuvent rentrer chez eux le jour même. «La Suisse a du retard de ce point de vue-là par rapport à ses voisins européens», estime-t-il.
Le conseiller d’État voit aussi dans cette évolution un levier pour freiner l’explosion des coûts de la santé. «Très longtemps, on a considéré que l’hôpital devait tout traiter», relève-t-il, évoquant des urgences «souvent engorgées» et des séjours hospitaliers parfois évitables. L’objectif affiché est clair: limiter les hospitalisations longues et mieux coordonner les soins en amont.
Hausse des primes «insupportable»
Interrogé sur la hausse attendue des primes maladie, estimée à 5% par l’OFSP, le magistrat ne cache pas son pessimisme. «Ça ne s’arrêtera pas tant qu’on restera dans le même système», lance-t-il. Pour lui, «les mêmes causes produisent les mêmes effets».
Pierre Maudet critique également l’immobilisme fédéral après le rejet d’une caisse cantonale unique. «Berne dit toujours non», regrette-t-il. Il reconnaît toutefois que ce projet représentait «une fausse bonne idée» en ajoutant «une couche administrative de plus».
Le conseiller d’État continue néanmoins de défendre le projet genevois de caisse publique concurrente, baptisé BELUGA. Celui-ci doit selon lui permettre un meilleur suivi des patients et davantage de transparence sur les coûts. Le projet devrait être présenté au Conseil d’État «dans les semaines qui viennent», avant un dépôt au Grand Conseil espéré «au début de l’automne».
Enfin, Pierre Maudet appelle à agir aussi sur le prix des médicaments. «Ce n’est pas possible que l’on continue de payer les médicaments aussi chers ici en Suisse quand on compare à de l’autre côté de la frontière», affirme-t-il. Avant de conclure: «Il y a trop de gens aujourd’hui qui renoncent à des soins pour des raisons financières.»