Prévenir Alzheimer avant les symptômes: le pari du Centre de la Mémoire
Un an après son lancement, quel est le bilan au Centre de la Mémoire des HUG? Son directeur, le Pr Giovanni Frisoni détaille l'approche inédite et proactive du centre sur la maladie d’Alzheimer, bien avant l’apparition des symptômes.
Il y a un an, le Centre de la Mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) voyait le jour avec une ambition claire: changer de paradigme face à la maladie d’Alzheimer.
«L’année passée c’était une idée, Aujourd’hui, nous avons des activités», résume le Pr Giovanni Frisoni, directeur du centre qui souligne le soutien de l’État qui a permis de rendre le centre accessible à la population.
La démarche se veut proactive, au même titre que le paradigme qui tourne autour de l’accident vasculaire cérébral. «Vous n’attendez pas qu’une personne fasse un AVC pour mesurer sa tension ou son cholestérol. On le fait en amont. Le concept, c’est pareil», compare le Prof. Giovanni Frisoni.
Facteurs spécifiques à la démence
Concrètement, les personnes dès 50 ans, inquiètes pour leur mémoire ou leurs fonctions cognitives, peuvent bénéficier d’un bilan. Si nécessaire, les équipes évaluent ensuite les facteurs de risque connus de la démence et de la maladie d’Alzheimer.
Deux grandes catégories sont prises en compte. «Il y a les facteurs de risque vasculaires et métaboliques: la tension, le diabète, le cholestérol, l’inactivité physique, la fumée, l’obésité», détaille le professeur. Des facteurs identiques dans la prévention de l’AVC.
Mais le Centre de la Mémoire s’intéresse aussi aux facteurs neurodégénératifs. Autrement dit, il est question de voir si les protéines toxiques typiques des maladies telles que l’Alzheimer sont déjà visibles dans le sang. «Aujourd’hui, on a la technologie pour les détecter», explique le Pr Giovanni Frisoni.
Qui cherche, trouve?
L’approche peut inquiéter. Est-on en train de «sur-rechercher» la maladie, au point de trouver chez chaque patient un problème ? «C’est un facteur de risque, pas une condamnation», rassure le spécialiste en rappelant qu’une tension élevée ne mène pas forcément à un AVC.
L’objectif est clair: intervenir tôt. «On peut agir sur les facteurs de risque vasculaires et métaboliques et on est en train de monter des interventions pour agir aussi sur les facteurs neurodégénératifs», affirme Giovanni Frisoni. Les styles de vie jouent également un rôle. «Utiliser la mémoire, rester actif socialement et familialement, ce sont des éléments protecteurs», note-t-il.
La démence progresse en volume de personnes atteintes, mais «le risque individuel est réduit par rapport aux décennies passées, car les styles de vie sont meilleurs», observe le Pr Frisoni qui constate que ce risque réduit ne suffit pas à diminuer l’impact épidémiologique en raison du nombre élevée de personnes qui vieillissent.