Procès assassinat Vandoeuvres: la mère à la barre, «Ce drame est arrivé à cause de la drogue»
Deuxième jour d’audience au Tribunal criminel dans le procès du médecin accusé d’avoir assassiné sa femme en octobre 2021. La mère de l’accusé est venue témoigner. Le prévenu a longuement répondu aux questions de sa défense, décrivant une descente aux enfers liée au crack, au manque de sommeil et à un «délire paranoïaque».
Derrière les récits personnels, c’est déjà la bataille sur la responsabilité pénale qui se dessine.
L’audience a débuté par l’audition de la mère de l’accusé. Veste rose bonbon, silhouette frêle au milieu des costumes noirs et blancs des juges.
Au début, «c’était un très joli couple», raconte-t-elle. Puis la drogue a tout détérioré. «Elle, je l’aimais bien à l’époque.» Elle évoque une belle-fille «très bonne cuisinière», des repas «très appétissants». Un contraste saisissant quand on sait que la jeune femme souffrait d’une grave anorexie.
La présidente l’interroge sur son inquiétude. «J’étais très inquiète à cause de la drogue!» Elle souligne que son fils était sérieux dans son travail. Mais juste avant le drame, il n’est plus allé au cabinet. «Cela m’a inquiété.»
La veille de la mort, elle appelle le père de sa belle-fille. Elle lui dit que «cela allait finir par un drame». Il lui aurait répondu que «cela devait arriver». «Il était presque content. Cela m’a beaucoup dérangé.»
Elle décrit des tensions familiales. Une dispute où le père aurait lancé à sa fille: «Tu es moche, imbaisable.» «Venant d’une personne assez chic, d’une grande famille hollandaise, cela m’a choquée.»
Malgré tout, elle assure: «Il aimait cette femme.» Elle lui aurait conseillé de divorcer. «Mais non. Il a tout essayé pour la soigner.» Elle dit n’avoir «jamais pensé à un drame».
Pour elle, «ce drame est arrivé à cause de la drogue. Mon fils n’est pas violent.»
Un témoignage qui déplace clairement la responsabilité vers l’addiction, présentée comme l’unique déclencheur de la tragédie, et qui s’inscrit dans la ligne de défense visant à exclure toute préméditation.
Dans le box, l’accusé écoute tête basse, un mouchoir entre les mains. «Je suis fier de ma mère qui m’a suivi jusqu’au bout de l’enfer», dit-il plus tard.
«À la vie à la mort»
Interrogé par son avocate Me Yael Hayat, il revient sur trente ans de vie commune. «Avec ma femme, c’était à la vie à la mort. Rien ne pouvait détruire cet amour, même pas le prince des ténèbres.» Le surnom qu’il donnait a son beau-père. Sa bête noir de 30 ans.
Il décrit 2020 comme l’année de la bascule. Il commence à consommer du crack avec elle. «Je ne dormais pas la nuit à cause d’elle.» Pour dormir quelques heures, il s’enferme au sous-sol, «dans une sorte de bunker».
«C’était de la démence»
La défense l’amène sur le mois d’octobre 2021, les trois semaines précédant les tirs. Il parle d’«une période extrême», mêlant mysticisme et délire de persécution.
«À partir du 6 octobre, je suis dans un délire paranoïaque de persécution du prince des ténèbres». Drogue, manque de sommeil, «cocktail de médicaments»: «C’était de la démence.» Dès le 11 octobre, il dit se rapprocher de Dieu. «Pour ne pas délirer, je prie.»
Ces propos, détaillant un état de confusion mentale et de perte de repères quelques semaines avant le drame, constituent un élément central de la stratégie de la défense. Ils visent à démontrer une altération profonde du discernement au moment des faits, et donc une absence de responsabilité pleine et entière.
Le «prince des ténèbres» s’est-il éloigné? «Oui», répond-il. «Deux ans après le drame, suite à ma tentative de suicide. Depuis, je ne fais que prier.»
Et la drogue aujourd’hui? «Si un jour je reprends de la drogue, c’est pour mourir. Je n’en reprendrai plus jamais.»
Au fil de cette deuxième journée, le procès s’est ainsi déplacé un peu plus encore sur terrain de la responsabilité pénale: l’accusation devra soutenir l’assassinat et la lucidité de l’accusé, tandis que la défense ancre son argumentation dans la spirale de l’addiction et du délire.
Demain, place aux plaidoiries. D’abord avec le procureur général Olivier Jornot dont le réquisitoire devrait selon ses propres estimations durer deux heures. Suivront les plaidoiries des avocats de la défense qui devraient se prolonger aussi durant plusieurs heures. Une journée qui s’annonce longue et intense.