Genève

Résiliations à Carl Vogt: «après 43 ans de vie ici, cet appartement fait partie de moi»

03.02.2026 18h16 Denis PALMA

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Dans l’affaire des résiliations massives de baux au Boulevard Carl-Vogt, une centaine de locataires sont concernés, dont de nombreuses personnes âgées installées depuis des décennies. Loyers modestes, logements façonnés au fil du temps: pour beaucoup, l’attachement est profond. Anne-Marie, 70 ans, nous a ouvert les portes de son appartement.

Au troisième étage du numéro 37 du Boulevard Carl-Vogt vit Anne-Marie. Elle occupe depuis 1982 un trois pièces de 63 mètres carrés, loué 550 francs par mois, plus 150 francs de charges. Elle s’y est installée alors qu’elle était étudiante.

Portes, moulures, parquet: depuis 43 ans, elle a conservé les éléments d’origine de cet appartement datant de 1900. La régie n’y a jamais entrepris de travaux.

Un logement façonné par sa locataire

Cuisine, salle de bains, chauffage au gaz, rénovation du parquet: tous les aménagements ont été réalisés et financés par Anne-Marie. «Depuis plus de 40 ans que je suis là, j'ai dû dépenser 25 000 francs afin de rendre cet appartement confortable», explique-t-elle.

Au fil des années, la locataire s’est approprié les lieux. «Le non-interventionnisme de la régie a fait que les locataires ont peint, bricolé, aménagé. On s’y attache viscéralement. Cet appartement fait partie de mon histoire, de ma vie. C’est un compagnon de vie, pas juste un logement», confie-t-elle, émue.

Une résiliation vécue comme une rupture

Anne-Marie a reçu une résiliation de bail pour juin 2026, récemment prolongée à mai 2027. Écœurée, elle ne souhaite pas revenir après les travaux. Elle espère désormais que les autorités l’aideront à trouver un nouveau logement, plus petit si nécessaire, pourvu qu’il y ait de la place pour ses livres. «Je ne veux pas revenir dans un appartement que j'ai façonné de toute mon âme, après qu’on aura tout transformé. C’est trop douloureux.»

Une motion au Grand Conseil

En toile de fond, une motion est actuellement à l’étude au Grand Conseil. Elle vise à obliger les propriétaires à reloger, à conditions équivalentes, les locataires de plus de 65 ans dont le bail est résilié en raison de travaux de rénovation, de transformation ou de démolition.