Résiliations boulevard Carl-Vogt: les immeubles sont protégés par la loi Blondel
Les cinq immeubles touchés par les résiliations massives de baux au boulevard Carl-Vogt sont protégés par la loi Blondel. Adoptée dans les années 1980, cette législation vise à préserver l’esthétisme et l’unité des bâtiments genevois construits entre le milieu du XIXe siècle et le début du XXe. Pour Patrimoine suisse, cette protection implique des travaux limités, insuffisants pour justifier la résiliation des baux de plus de 100 locataires.
Les allées 35 à 43 du Boulevard Carl-Vogt ont été construites en 1900 par la société d’investissement «La Rente immobilière», sur des plans de l’architecte Léon Bovy. À l’époque, ces immeubles accueillent de nombreux employés de la Compagnie genevoise des tramways électriques, dont le dépôt se situe à la Jonction.
Plus d’un siècle plus tard, l’ensemble est resté intact. Corniches, balcons en fer forgé et encadrements de fenêtres sont protégés, tout comme les éléments d’origine à l’intérieur des appartements. Les cloisons ne peuvent être abattues, seules les cuisines et salles de bains peuvent être transformées en profondeur. «On peut évidemment améliorer le confort thermique ou moderniser les cuisines et salles de bains, mais on ne peut pas faire des travaux qui bouleversent ces immeubles», explique Pauline Nerfin, historienne de l’architecture et coprésidente de Patrimoine suisse.
Des travaux possibles, mais très encadrés
La loi Blondel, du nom du député libéral Denis Blondel, vise à préserver l’unité architecturale et urbanistique de ces ensembles urbains. «Ce sont des immeubles de location construits à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, très présents dans le paysage genevois et immédiatement reconnaissables», souligne Pauline Nerfin.
Selon Patrimoine suisse, les travaux envisageables restent techniques: assainissement du chauffage, canalisations ou améliorations énergétiques. «Ce sont des interventions contraignantes, mais elles peuvent se faire avec les locataires en place. Il n’y a pas de tabula rasa qui justifierait de mettre tout le monde à la porte», insiste la coprésidente.
À ce stade, la caisse de pension des fonctionnaires de Bâle, propriétaire des immeubles 35 à 43, n’a toujours pas déposé de demande officielle de travaux, confirme le Département du territoire. À Genève, près de 250 ensembles architecturaux, soit environ 2000 immeubles, sont aujourd’hui protégés par la loi Blondel.