Genève

Un incinérateur de boues à Aïre irrite riverains et élus

02.06.2026 17h45 Laure Lugon, Rafael Pacheco

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Des riverains s’opposent à ce projet des SIG, estimant qu’il pourrait être réalisé aux Cheneviers. Ils craignent des conséquences sanitaires pour la population et refusent que leur commune devienne la poubelle du canton.

Grosse colère sur la presqu’île d’Aïre, où les SIG doivent rénover la station d’épuration. Des riverains sont vent debout contre la construction d’un incinérateur de boues issues du traitement des eaux usées et muni d’une imposante cheminée.

Président de l’association des riverains pour la réduction des impacts et des nuisances d'Aïre/du Lignon (ARIA) créée pour l'occasion, Roland Decorvet explique: «La principale préoccupation que l'on a, c'est justement cette cheminée et ce fameux incinérateur. Quand on incinère les boues, il y a énormément de rejets de dioxines et de PFAS. Ces produits sont hyper dangereux pour la population. Quand on sait qu'on est dans bassin densément peuplé et qu'on est dans une cuvette, cela va poser énormément de problèmes au niveau de la santé.»

La construction d’un incinérateur dans le canton répond pourtant à une obligation légale de la Confédération, et non pas au bon plaisir des SIG. Objectif de la loi: récupérer le phosphore contenu dans ce matériau pour le valoriser dans les engrais et produire de l’énergie. Le Conseil d’État a donné son feu vert à ce projet en novembre dernier.

«Vernier concentre déjà beaucoup de nuisances»

Mais les opposants, soutenus par les élus de droite du Conseil municipal, ne veulent pas de ce cadeau empoisonné dans leur commune. Président du Conseil municipal de Vernier, Howard Nobs (UDC) y voit une nouvelle atteinte à sa commune: «Vernier concentre beaucoup de nuisances. Des voies de circulation routières, des autoroutes, des pénétrantes urbaines, les citernes. Sur la presqu'île d'Aïre en particulier, on a un centre pour requérants mineurs non accompagnés qui va ouvrir à côté de l'école primaire. Donc quand on a appris la réalisation future de cet incinérateur, notre sang n'a fait qu'un tour et c'est une image négative de la commune, qui souhaite inverser cette tendance.»

À gauche, on voit plutôt le bienfondé d’une revalorisation locale des déchets, en circuit court. Conseiller administratif écologiste, Mathias Buschbeck n’a pas souhaité répondre à nos questions, malgré le préavis positif donné par l’exécutif, qui a cependant exigé des garanties. Au niveau contrôle des émissions, ce sont les SIG qui se chargeront de les réaliser. Ce qui ne ravit pas les riverains, estimant que la régie publique serait à la fois juge et partie.

«Déporter cette installation au Cheneviers générera énormément de trafic»

Actuellement, une partie de ces boues est séchée et transportée à Eclépens dans le canton de Vaud pour être valorisée en ciment. Une autre est incinérée à l’usine des Cheneviers. Pour les SIG, la logique commande donc de traiter ces boues directement sur le site où elles sont émises, la STEP d’Aïre. «Différents scénarios ont été étudiés, plusieurs à Aïre et un scénario aux Cheneviers, assure Thierry Gaudreau, directeur exécutif Énergie et écologie industrielle. Déporter cette installation au Cheneviers rajoute des équipements et donc potentiellement des soucis de fiabilité. Ensuite, ces boues représentent des volumes très conséquents parce qu'elles contiennent encore beaucoup d'eau, ce qui signifierait énormément de trafic de la STEP d'Aïre jusqu'à l'usine des Cheneviers.» Il évoque aussi des soucis de stockage, des aspects économiques et également énergétiques qui ont influencé ce choix.

Recours et effet suspensif

Autant d’arguments qui ne convainquent pas les riverains. L’une d’entre eux ainsi qu’une association ont déposé un recours et obtenu l’effet suspensif. Ce qui n’empêche pas les SIG d’y croient encore: la confiance instaurée avec les riverains des Cheneviers depuis des décennies d’exploitation devrait pouvoir se répéter à Aïre. D’autant plus que tous les riverains ne sont pas remontés contre le projet : «Ça fait depuis 2021 qu'on discute avec les associations, note Thierry Gaudreau. D'ailleurs, une grande majorité de ces riverains ont pu se prononcer et ne sont pas opposés à ce projet.»

Et comme la politique n’est jamais loin, une motion a été déposée au Grand Conseil et devrait être traitée cette semaine. Une autre a été déposée au Conseil municipal de Vernier et réclame un moratoire contre la construction de cet incinérateur. Autant d’actions qui pourraient retarder un projet né il y a longtemps, en 2014.