Un site d'extrême gauche publie une «carte aux trésors» de la Genève dorée
Ciblés, les milieux économiques s’inquiètent, alors qu’une demande d’autorisation pour une manifestation est toujours à l’étude par le canton. À gauche, certains applaudissent la démarche.
Vous voulez casser du riche pendant le G7? Rien de plus simple. Une carte interactive, hébergée par le site d’extrême gauche Renversé, vous guidera à travers le canton. Il suffit de cliquer sur les repères et vous obtiendrez la localisation des multinationales, des banques, du luxe, des traders, des assurances, mais aussi des «institutions du capitalisme mondial», ou encore des «lieux de socialisation des riches». Comme les golfs, la Nautique ou des clubs. Certains lieux sont accompagnés de commentaires militants.
Cette publication ne laisse aucune place à l’ambiguïté: intitulée «Multinationales et autres fripouilles: carte au trésor», elle se termine par «Joyeux tourisme, on se réjouit de voir vos photos de vacances !» La Fédération des entreprises romandes, elle, ne se réjouit pas du tout. Elle figure sur la carte, tout comme la CCIG. «Il y a une très grande inquiétude des commerçants, mais aussi des entreprises mentionnées sur cette carte, explique Arnaud Burgin, directeur de la FER. Faut-il fermer les entreprises? Mettre des protections contre les façades? Qui va assumer les coûts et le manque à gagner?
«Le mérite de montrer le côté prédateur du capitalisme suisse»
En 2003 à l’occasion du G8, le centre-ville avait été la proie d’actes de vandalisme et de pillages. Mais dans les milieux de la gauche radicale, on ne considère pas cette carte interactive comme une incitation à la casse : «Je trouve que c'est une démarche intéressante qui a le mérite de montrer le côté prédateur du capitalisme suisse et des entreprises qui sont ici à Genève, estime Pablo Cruchon, membre du comité Union populaire. Je pense au contraire que c'est plutôt les atermoiements du Conseil d'État qui font monter la pression et ne permettent ni des débats sereins, ni une manifestation sereine.»
«Ça pourrait être risible si ce n'était pas aussi malveillant»
Point de vu diamétralement opposé de la députée PLR Natacha Buffet-Desfayes: «Ça pourrait être risible si ce n'était pas aussi malveillant, parce que si on regarde le détail des lieux, il y en a qui sont inscrits dans la cité, même des clubs qui réunissent des retraités heureux d'y être. Donc c'est complètement absurde.»
À deux mois de l’événement qui se tiendra à Évian, le canton n’a toujours pas dit s’il allait interdire ou autoriser une manif anti-G7. Les organisateurs, en revanche, ont déjà communiqué sur leurs intentions. La Ville, elle, a d’ores et déjà refusé un village alternatif aux Bastions.
Si la police est au courant de l’existence du site Renversé, il n’a pas été fermé jusqu’ici. Pourtant, en octobre dernier, la justice lausannoise l’avait bloqué pour avoir donné le nom d’un policier vaudois. Le site avait donc changé de nom.