Opinions

Lugon sans permission: G7, Kast néglige la castagne

14.03.2026 07h30 Laure Lugon Zugravu

À trois mois du Sommet d'Évian, des manifestations anti G7 sont annoncées. Alors que la Ville réclame un plan pour la sécurité, la conseillère d'État ne se soucie aucunement des débordements à venir. 

Dans trois mois, il y aura le feu au lac. On le sait, c’est écrit. Pensez donc: le G7 se réunit de l’autre côté du lac, à Évian. Comme Genève personnifie toujours, malgré un déclin sensible, l’argent, la puissance et l’allégeance au pouvoir, ce sera l’occasion d’aller casser les symboles du capitalisme honni. Notre République en regorge: les boutiques de coucous suisses à Cornavin, les chocolatiers des rues Basses et les friperies des petits commerçants des Pâquis. Le pont du Mont-Blanc couvert de bagnoles restera aussi une valeur sûre, on pourra en faire cramer quelques-unes. Je prépare déjà ma cagoule.

Si le pire n’est jamais certain, le grabuge est hautement probable, puisque l’histoire nous l’a enseigné. En 2003, le sommet du G8 a provoqué des violences, le saccage des commerces et le pillage, par la grâce des mouvements altermondialistes – comme on disait au début du siècle avant qu’ils ne se durcissent – appuyés de casseurs entraînés à la guérilla urbaine. À l’époque, la conseillère d’État Micheline Spoerri avait fort mal géré la situation. Au point qu’il avait fallu revoir la loi genevoise sur les manifestations. Heureusement, cette gestion de sinistre mémoire ne se reproduira pas puisque nous pouvons aujourd’hui nous en remettre à une femme de poigne, Carole-Anne Kast.

Je doute qu’un plan impeccable en deux exemplaires brochés dorme déjà dans un tiroir de la rue de l’Hôtel de Ville

Aussi faut-il déplorer les critiques qui s’accumulent à son endroit. La cheffe de la sécurité en Ville, Marie Barbey-Chappuis, entonnant les mêmes plaintes que les conseillers municipaux, a taillé un costard à la conseillère d’État sur notre plateau. «Toute forme de naïveté ou d’impréparation serait une faute grave», a-t-elle prévenu. Mais comment ose-t-elle ce mauvais procès, alors que Carole-Anne Kast charbonne nuit et jour à sécuriser la périphérie du Sommet des dominants tout en sauvegardant la liberté d’expression qui s’annonce explosive, premier degré? Comment faire grief à la socialiste de ne pas anticiper, elle dont l’action politique est saluée partout, y compris dans les riches communes où sévissent des home-jacking?

À bien y regarder, j’avoue que les arguments de Marie Barbey-Chappuis sont solides. En octobre, la Ville écrit au canton son souhait de collaborer au dispositif, étant entendu que les enragés anticapitalistes n’iront pas saccager des plantations de salades à Bardonnex. Ce jeudi, la réponse se faisait encore attendre. Je doute qu’un plan impeccable en deux exemplaires brochés dorme déjà dans un tiroir de la rue de l’Hôtel de Ville.

Le traditionnel catalogue des doléances violettes a prévu de fusionner à la mobilisation contre le G7

En revanche, le plan de la grève féministe, lui, est à bout touchant. MBC l’a appris par la presse - suprême outrage. Cette année, étant donné la concomitance de cette tradition avec le raout des pays les plus riches du monde, le traditionnel catalogue des doléances violettes a prévu de fusionner à la mobilisation contre le G7. Mais quelle bonne idée! On y retrouvera donc du néoféminisme un poil misandre, du pro-palestinien, peut-être des agités du climat, et toutes sortes d’autres soutiens aux nobles causes qu’il est convenu d’appeler «intersectionnalité des luttes».

Pour vous convaincre que je n’exagère pas l’amplitude du mouvement, voici du Collectif de la grève dans le texte: «Le féminisme n'est émancipatoire qu'à la condition d'y joindre les luttes anticapitalistes, antifascistes et anti-impérialistes.» Et d’embrayer avec un catalogue de résistances «internationalistes» chères au mouvement, à savoir le capitalisme, l'extrême droite, le racisme, le patriarcat, le masculinisme, le colonialisme ou encore la transphobie.» Baptisée sobrement No-G7, ce programme tutti frutti pourrait plaire à la conseillère d’État, elle qui défilait à la dernière grève féministe avec ce panneau très élégant, «ta main sur mon cul, le code pénal dans ta gueule».

Au village anti G7 des Bastions, on pourra déguster des cuisines du monde, boire des bières locales et ravitailler les black blocs pour leur donner du cœur à l’ouvrage

Non contents d’organiser une manif en pleine période d’interdictions de manifs – même la fan zone du Mondial de foot sera interdite – le collectif prévoit aussi un village anti G7 aux Bastions. Chouette! On pourra y déguster des cuisines du monde, boire des bières locales et ravitailler les black blocs pour leur donner du cœur à l’ouvrage. Que conseiller aux commerçants, un dédommagement pour le grabuge?, s’interroge MBC qui n’entend pas se laisser imposer cette bourgade aux Bastions d'allure probable de garnison. J’y pense: heureusement que l’armurier de la Corraterie a opéré une retraite salutaire. Mais de toute évidence, Carole-Anne Kast ne voit pas le problème, puisqu’elle n’a pas mis son véto pour l’instant. Il est vrai que le climat géopolitique et social du moment laisse espérer un pacifisme bon enfant.

Nous ne pouvons que conseiller à la Ville patience et abnégation. Car Mme Kast est occupée ailleurs. Il lui faut défendre des causes plus honorables que les affaires du monde et le capitalisme féroce qu’elle ne cautionne nullement. Elle préfère se dévouer à la défense du burkini dans nos piscines. Elle en est tellement entichée qu’elle a réussi à empêcher son interdiction par le Grand Conseil. Bel effort pour un vêtement qui, dois-je le rappeler, est un formidable outil émancipateur. Si, si, une étude issue de l’université de Téhéran le démontre, ce qui a valu à ses auteurs la lapidation et aux Iraniennes de succomber pour avoir prétendu le contraire.

Si nous avions une police des mœurs, Carole-Anne Kast aurait fait fureur comme ministre de tutelle. Dommage qu’elle n’ait que la Sécurité.