Lugon sans permission: Gomez et les petits campeurs
Le maire promet un camping aux militants étrangers qui viendront manifester. A l’approche du Sommet à Évian, le gouvernement genevois a été remplacé: la coalition No-G7 assure le pouvoir de transition.
Vous étiez satisfaits d’éviter un village alternatif aux Bastions occupé par les troupes de No-G7? Vous aurez pire: un camping quelque part en ville. C’est l’heureuse issue d’une discussion entre les militants et les autorités de la Ville, qui dans sa générosité légendaire à l’endroit des esprits éclairés de la gauche radicale, va leur fournir le gîte. Pour le couvert, ils se serviront chez les commerçants de quartier.
La préparation de Genève au G7 vire au burlesque. À un mois et demi du Sommet à Évian, le Conseil d’État, et singulièrement Carole-Anne Kast, a cessé de gouverner. Le mercredi, l’exécutif nous entretient de choses et d’autres, comme la formation préqualifiante ou encore le nombre de logements d’utilité publique construits dans le canton.
À l’usure du pouvoir, la coalition oppose sa fraîcheur, à la mollesse elle répond par la résistance
Comme la nature a horreur du vide, le gouvernement a été remplacé. Désormais, c’est la coalition No-G7 qui tient la barraque. L’avantage, c’est qu’elle est très en jambes, enthousiaste, audacieuse, autoritaire comme sait l’être l’extrême-gauche qui pour la circonstance réunit une cinquantaine d’organisations, comme autant de divisions de fantassins et d’artificiers. À l’usure du pouvoir, la coalition oppose sa fraîcheur, à la mollesse elle répond par la résistance. Elle occupe le terrain, convoque des conférences de presse tous les deux jours, auxquelles se pressent, gourmands, tous les médias, alémaniques compris. Il y aura du sang et nous aimons cela, je ne vais pas vous mentir. Puisse le Conseil d’État roupiller encore un peu.
C’est ce qui est prévu, d’ailleurs. Carole-Anne Kast, poussée dans ses retranchements par la télévision d’État, ne dit rien qu’elle n’eût déjà dit: «Cette manifestation sera autorisée si le niveau de risques est acceptable.» Mais comme elle dénonce dans le même temps «un discours qui n’est pas pacifiste», on s’étonne qu’elle n’ait pas fait le lien entre cette menace qu’elle évoque elle-même et la jauge des risques. D’autant plus que le No-G7 au pouvoir a également appelé des renforts de troupes à l’international. Nous aurons donc droit à nos militants locaux chéris, habitués à brailler sur le pont du Mont-Blanc et à courater sur les voies CFF, mais également à leurs camarades européens, venus découvrir les nombreux attraits d’une ville puissante et argentée en voie de transformation anticapitaliste et antifasciste.
À la réflexion, le Pavillon Sicli me semble tout désigné pour l’occasion. D’une part, il fait déjà figure de haut lieu de l’inclusion et du multiculturalisme. D’autre part, il fait face aux richissimes notables de Pictet
À ce propos, ils peuvent compter sur le maire, Alfonso Gomez, très sensible à cette noble métamorphose. Il a rencontré, lui, les représentants de No-G7, nouveaux maîtres de céans. Outre la promesse de leur trouver un autre parc que les Bastions pour établir leur village gaulois, il s’est également engagé à offrir un terrain de camping aux militants de l’étranger qui auront pris la peine de faire le déplacement. J’imagine qu’il sait que la campagne genevoise ne fera pas l’affaire, puisque la cheftaine de No-G7, Françoise Nyffeler, a déjà prévenu, en parlant de son désintérêt pour la France, «qu’aller manifester au milieu des pâquerettes en campagne française ne nous intéresse pas.» De toute manière, Gomez aurait du mal à forcer Satigny ou Cologny à ouvrir, qui ses vignes et qui son golf, aux militants pacifistes.
À la réflexion, le Pavillon Sicli me semble tout désigné pour l’occasion. D’une part, il fait déjà figure de haut lieu de l’inclusion et du multiculturalisme. D’autre part, il fait face aux richissimes notables de Pictet, ce qui évitera aux activistes rompus à l’action directe de se fatiguer pour chercher du banquier à casser. Le McDo jouxte également le lieu artistique; ce fast food étant promis à la casse en raison de la construction d’une tour du PAV, on peut déjà procéder.
Il faut donc considérer que la question de l’autorisation est purement conceptuelle et n’a strictement pas d’incidence sur ce qui va se passer
C’est l’avantage de Genève: tout est sur place et il est facile de se servir. Et surtout, il y a un vide de pouvoir. La coalition ne s’y est pas trompée, qui n’a formulé aucune demande de manifestation ou de contre-sommet en France, et pour cause: «Évian sera un bunker, nous n’avons aucune intention d’y provoquer Trump!», a déclaré la cheftaine. Vous feriez quoi à sa place? Personnellement, la même chose. Pourquoi aller prendre des risques dans un pays ferme sur les prix quand on peut s’amuser chez soi où les pouvoirs publics, de leur propre aveu, attendent du voisin hexagonal qu’il règle les problèmes genevois? Car le comble, c’est que Carole-Anne Kast a envoyé un courrier à la France, la priant d’organiser un contre-sommet. Évidemment, la missive est restée en souffrance. La France eût-elle accepté que Nyffeler n’y aurait envoyé personne, de toute manière.
En sa qualité d’autorité de transition, No-G7 a prévenu: avec ou sans autorisation, cette mobilisation aura lieu. Voilà qui est parlé! Il faut donc considérer que la question de l’autorisation est purement conceptuelle et n’a strictement pas d’incidence sur ce qui va se passer.
Et comme Lausanne organise sa grève féministe le 13 juin et non le 14, nous aurons aussi les Vaudois avec nous. Ce changement de date vise à varier les plaisirs, en donnant l’occasion aux femmes de manifester deux jours consécutifs. Ensuite, du 15 au 17, nous allons télétravailler pour éviter de faire les frais de la casse, puis il faudra retaper la ville avant les vacances d’été. Vous avez des objections à formuler? Circulez.