Lugon sans permission: heureusement, nous avons Manzambi
Parmi toutes les raisons de déplorer l'état de notre canton, il en est une de nous réjouir: nous tenons un talent pur qui s'illustre avec la Nati.
Comme certains d’entre vous, je me suis levée à l’aube, vendredi, pour voir la Nati dans ses œuvres. Un festival, une promesse tenue, une fierté. Trois mots que je n’écris pas fréquemment dans ces billets du samedi. En même temps, il serait peu judicieux de les trop utiliser au bénéfice de Genève. Genève, qui nous a réservé une saison politique sans précédent – on dit ça à chaque fois et pourtant on constate chaque année que le canton possède encore de la ressource pour produire de la Genferei labellisée.
Mais heureusement, nous avons Johan Manzambi. La fulgurance, l’éclat.
À l’image du Conseil d’État. Le gouvernement, satisfait à juste titre d’avoir géré le G7 de main de maître, peut se féliciter d’avoir bien avancé dans son plan d’économies. Après avoir sollicité un expert extérieur sur les pistes possibles, il en réserve la communication à l’automne. Car affirmer qu’on veut quelque chose, ce n’est pas encore vouloir quelque chose et l'assumer.
Si, sur le papier, nous avons un Conseil d’État de droite, dans la réalité cette étiquette est usurpée. Pierre Maudet fait pencher la balance à gauche dès qu’il en a l’occasion, c’est-à-dire tout le temps, et même les conseillères d’État qui tentent de réduire les charges n’y parviennent pas.
Voulez-vous connaître le sort des citoyens dans un canton réellement de droite? Allez, direction Zoug
Les choix que le gouvernement aura consentis seront annoncés en même temps que le budget. On s’en réjouit d’avance. A ce propos, j’ai entendu murmurer dans les ruelles de la Vielle-Ville qu’une fois encore, pas grand-monde au Conseil d’État n’est prêt à faire le plus petit effort pour se serrer la ceinture. Et c’est bien normal! Ils savent que les Genevois adorent l’assistanat déguisé, toujours prêts à réclamer subventions et autres avantages, même s’ils votent à droite.
En Ville, on indemnise même les commerçants victimes des travaux incessants. On annonçait hier prolonger la charité rue de Carouge après la phase de test. Si la chose a de quoi étonner, il faut tout de même reconnaître que lorsque l’État détruit l’outil de production, il faut qu’il s’en excuse d’une manière ou d’une autre. Les SIG, devenus ce monstre monopolistique qui creuse sans discontinuer le territoire genevois au nom d’un avenir climatique radieux, doit bien compenser les sévices qu’il fait subir aux indépendants. Partant, on en arrive, à Genève, à alimenter le secteur privé avec de l’argent public. Un comble.
Dans un accès de bienveillance dû à un coup de chaleur, dame Barbey-Chappuis nous offre une dérogation exceptionnelle pour pouvoir regarder en terrasses le huitième de finale de la Suisse
Voulez-vous connaître le sort des citoyens dans un canton réellement de droite? Allez, direction Zoug, même si cette destination n’est pas aussi sexy que Genève. Ce paradis fiscal peuplé de riches et de traders, sans morale ni interdictions en tous genres, s’apprête à restituer de l’argent aux contribuables, lesquels sont déjà parmi les moins taxés de Suisse. Le Grand Conseil prévoit un rabais d’impôt aux entreprises et aux particuliers. Ce n’est pas le seul avantage auquel ces derniers ont droit: le canton paie 99% de leurs frais d’hospitalisation pour deux ans. Quand on a des excédents chaque année, pas de dette et trois milliards de francs de fonds propres, on peut envisager de régaler. Surtout si on considère que la masse volumique de l’État doit être la plus faible possible, puisque la machine étatique ne saurait être une fin en soi. C’est la façon de penser de beaucoup de cantons alémaniques, et manifestement la population ne s'en porte que mieux. Les Verts zougois vont cependant déposer un référendum, pour la forme. Il sera sans doute promis à un enterrement de première classe.
Mais ce n’est pas Zoug qui a Manzambi. Consolation.
Grâce à la Nati, nous aurons gagné un allégement du fardeau des interdictions qui frappent le bout du lac. Dans un accès de bienveillance dû à un coup de chaleur, dame Barbey-Chappuis nous offre une dérogation exceptionnelle pour pouvoir regarder en terrasses le huitième de finale de la Suisse. Par communiqué, il est annoncé que le parcours exemplaire de notre équipe nationale mérite que l’on repousse la fermeture des terrasses, mardi 7 juillet, à deux heures du matin (GMT + 2). L’héritière de Calvin spécifie que d’éventuels tirs au but ont été pris en compte. C’est dire sa mansuétude.
Et sinon, on pourra toujours rejoindre les fan zones dans d’autre cantons plus libéraux, réconfortés par le fait qu’heureusement, il nous reste Manzambi pour nous rapprocher de la Suisse.