Lugon sans permission: lettre des débiteurs solidaires à NoG7
Le collectif est devenu un acteur politique incontournable. Le citoyen observe ce phénomène non maîtrisé par les autorités, sachant qu'il en payera le prix.
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Le collectif NoG7 va délibérer pendant une semaine avant de se déterminer sur l’offre du Conseil d’État (ancien gouvernement) concernant le tracé de la manifestation du 14 juin. Dans un cas comme dans l’autre, il aura gagné cette partie de poker menteur, puisque la balle est dans son camp, comme l’a reconnu la ministre Carole-Anne Kast.
Le collectif NoG7 n’a pas eu besoin de se plier en quatre pour que le parlement refuse l’interdiction de la manifestation, jeudi soir. De toute manière, cette proposition PLR n’avait aucune chance, et cette séance extraordinaire n’avait d’autre objet que de démontrer la volonté des groupes parlementaires de reprendre en mains le Conseil d’État.
Le collectif NoG7 n’a pas daigné répondre aux questions des médias concernant une fake news. La Tribune de Genève ayant été victime d’un détournement de ses affichettes, qui annonçaient faussement et sous son logo l’annulation du G7, il était logique d’interpeller ceux que cette nouvelle aurait ravis. Mais le collectif décide quand et comment il communique.
Le Conseil d’État n’ayant rien d’Hercule, la neutralisation de ce petit monstre ne figure pas dans les douze travaux attendus de lui
Il faut le reconnaître: NoG7 est un acteur politique incontournable. Version contemporaine de la mythologique hydre à deux têtes, celle-ci en possède 60, comme autant d’associations autonomes passant leur temps à palabrer avant d’asseoir une ligne politique. Le Conseil d’État n’ayant rien d’Hercule, la neutralisation de ce petit monstre ne figure pas dans les douze travaux attendus de lui.
Tous les mardis, NoG7 prend donc la République de court. Il convoque la presse sous les arbres du parc des Cropettes, où il dispense doctement son enseignement aux journalistes conquis par avance - quand ce n’est pas sur le fond, c’est sur la manière. Il parvient même à rameuter la presse alémanique et française. Comme ses apparitions précèdent d’un jour celles du Conseil d’État, ses exigences et menaces figurent au top trois des questions adressées à l’exécutif. Puis il disparaît pour mieux se faire désirer.
Je veux bien que Carole-Anne Kast ait de nombreux défauts, mais de là à voir en elle une émanation de Kim Jong-un, c’est un poil exagéré
Voilà pour l’analyse succincte de la bulle médiatico-politique. Mais il convient de la faire exploser pour entendre le bruissement de la rue. J’ai comme l’impression que cette dernière est peu sensible à cette agit-prop qui cherche à toucher sa conscience politique. Car le Citoyen, lui, doit s’organiser. Il mesure déjà les entraves qu’il va subir durant le Sommet, en termes de circulation – le pont du Mont-Blanc bloqué -, de travail, d’autodéfense s’il est commerçant, de déplacements, de loisirs, de délassement contrarié – la Coupe du monde assis dans le canapé du salon. Le Citoyen connaît aussi le prix indirect de ce pataquès programmé. De sa poche de contribuable, on va extraire quelques millions pour les dégâts qu’il n’est pas dans nos cordes d’empêcher.
Dans un premier temps, le Citoyen a pourfendu la ministre Kast, son insigne faiblesse, sa lenteur à trancher, son ambigüité, partagée qu’elle est entre le cœur (militant) et la raison (d’État). Mais il voit bien aussi que devant elle se dresse une horde inconnue de lui, des anonymes interchangeables, récitant sur les plateaux télé leur rhétorique outrancière, mâchoires contractées et regards sombres. S’il fallait résumer leurs oppositions nombreuses et transversales, voici: «Ne pas nous donner le symbolique pont du Mont-Blanc et un parc pour un village alternatif, c’est révéler votre visage autoritaire.» Je veux bien que Carole-Anne Kast ait de nombreux défauts, mais de là à voir en elle une émanation de Kim Jong-un, c’est un poil exagéré.
Et c’est ainsi que la classe moyenne et laborieuse retourne à ses affaires pressantes en se détournant des affaires publiques. Au moins n’a-t-elle plus d’illusions: elle se sait débitrice solidaire
Agacé, le Citoyen s’interroge: qui sont ces alter ego remontés contre sept vieilles démocraties? Travaillent-ils, payent-ils des impôts ou sont-ils à sa charge? Bénéficient-ils de subventions ou puisent-ils dans les héritages familiaux, s’agissant des enfants de bourgeois?
Le Citoyen comprend fort bien qu’on puisse militer pour le féminisme, pour Gaza, contre le racisme et contre le capitalisme – complétez la liste sans réserve, je n’y vois pas d’objection. Mais quand NoG7 défile avec une banderole «Contre la censure et la répression», il est pris de fou-rire. Son hilarité se transforme en consternation lorsqu’il lit «Face au fascisme, résistance globale». Car ce n’est pas le fascisme des ayatollahs ou de Poutine dont il est question ici, mais de celui de Friedrich Merz ou d’Emmanuel Macron. Et le Citoyen hargneux, sensible à l’hystérisation du débat initié par les Opposants-à-tout, de compléter: «Qu’on les foute en taule au lieu de leur donner la parole, comme ça ils comprendront ce qu’est le fascisme.» Et c’est ainsi que la classe moyenne et laborieuse retourne à ses affaires pressantes en se détournant des affaires publiques. Au moins n’a-t-elle plus d’illusions: elle se sait débitrice solidaire.
Et sinon, voici une proposition d’activité destinée spécifiquement au Citoyen idéaliste. Il peut rejoindre la plage des Eaux-Vives samedi pour La Nage pour la Paix, un élan international de fraternité: «Chaque coup de bras compte comme un geste symbolique pour apaiser les tensions mondiales», explique le communiqué. Et pour une fois, cette initiative n’est pas réservée à Genève, mais se déroule dans de nombreux pays! Je suggère à NoG7 la nage papillon dans le détroit d’Ormuz plutôt que dans la Rade. Ça nous fera des vacances.